>VLV 9 * iNfe, A » * 4 •* ,fl ** * » ..♦• if »» Q w H «5 u ce! V") s oi O o 9) ^ ^ M O — 2 — i < o ri in T M O o o o 4) O o» ce (/> Xi *â u < s Z f>S^ O 3® H 3 . z < z 0 •g u * S UJ S s t/5 U ., gët. Ces torts avaient la valeur d'une citadelle ou d'une re- doute. Le Diétinets de Moscou avait été entouré, par ordre de Dmitri Donskoï, d'une palissade en bois de chêne ('); comme ces sortes de construction se trouvaient ordinaire- ment à l'endroit le plus élevé de la ville, ou leur appliqua souvent le nom de Vycligorod (ville haute). Le nom de Bié- tinels changea d'abord à Novgorod et Pskow, et puis à Mos- cou, en Kremnik et plus tard en Kremlin. Bien que depuis l'établissement de la hiérarchie cléricale à Moscou les égli- ses et les couvents y fussent devenus très-nombreux, leur style n'éprouva aucune transformation et les constructions en pierre étaient encore si rares que les chroniqueurs du quatorzième siècle, en parlent avec autant d'importance que s'il s'agissait de graves événements politiques. Dans les pre- mières années du seizième siècle, la ville proprement dite ne comprenait encore que le Kremlin; autour de lui s'éten- daient les faubourgs, les bourgs et les villages delà banlieue. La domination écrasante des Mongols avait non-seulement arrêté les progrès des arts en Russie, mais avait même anéanti le peu de connaissances qu'elle avait précédemment acquises en matière de construction. Les artisans attachés en petit nombre à la maison des khans et des grands-ducs purent seuls exercer quelques métiers qu'ils sauvèrent de la ruine générale. (') Le grand-duc Dmitri Ivunovitch et s-on frère Vladimir avaient déjà songé à entourer Moscou cWme enceinte de pierre, mais le projet n'a été mis à exécution qu'au quinzième siècle, sous le règne de Jean III. III L'avènement de Jean III ouvrit une nouvelle ère poul- ies arts; l'architecture, tant sacrée que profane, fit de sen- sibles progrès, ainsi que nous pouvons le juger d'après les monuments qu'elle nous a légués. Jean III appela de Pskow des maçons qui avaient étudié leur métier sous la direction des maîtres allemands (*); il appela de Venise le fameux ar- chitecte et savant Aristote Fioraventi, natif de Bologne. Ce dernier apprit aux Moscovites à fabriquer des briques plus grandes et plus solides que celles qu'ils avaient em- ployées jusque-là, à préparer une chaux plus épaisse et plus forte, à employer pour les murs en élévation la brique et non le moellon , en réservant ce dernier uniquement aux fonda- tions; à lier les murs avec des crampons de fer, à construire des voûtes cle la largeur d'une brique, à façonner des orne- ments en argile, en un mot à construire les édifices avec plus de rectitude et de précision. La cathédrale de l'Assomption de la Sainte-Vierge , qui est la première bâtie en pierre à Moscou, a été érigée, sous (') DaDS un article des Annales de la patrie (mai 1855), ]\J. Solovief affirme, sur la foi des chroniques, que ces maçons de Pskow n'étaient pas de simples maçons, mais bien des architectes comme Fioraventi. Le chroniqueur les appelle aussi maîtres constructeurs d'églises. 24 le règne du grand-duc Jean Danilovitch Kalità, par le mé- tropolitain saint Pierre. Jean Kalità, petit-fils de saint Alexandre Nevsky, fit construire en même temps une église sous l'invocation de l'archange Michel et y désigna lui-même l'endroit où il voulait être enterré, imitant en cela le mé- tropolitain Pierre, qui se prépara une tombe dans le mur septentrional de la cathédrale de l'Assomption. Depuis ce temps, la cathédrale de l'Assomption devint le lieu d'in- humation des patriarches de Moscou, et la cathédrale de l'archange Michel celui des souverains russes jusqu'à Pierre le Grand. La cathédrale de l'Assomption (fig. 17), achevée en 1327, fut démolie cent quarante-six ans plus tard, pour cause de vé- tusté, et sur son emplacement une nouvelle église fut cons- truite sous Jean III, avec l'assistance des artisans russes. Cette nouvelle construction fut si peu solide qu'on dut bientôt la démolir de fond en comble, et c'est alors que l'architecte Aristote Fioraventi, appelé à Moscou , érigea la cathédrale de l'Assomption telle qu'elle existe encore aujourd'hui, à quelques changements près. Commencée en 1474, elle fut achevée en cinq ans. La cathédrale de Vladimir a servi de modèle à cet édifice remarquable. Sa construction est très- solide; les fondations ont plus de deux sagènes de profon- deur; les murs sont fortement reliés par des crampons de fer; les voûtes, primitivement de la largeur d'une brique, ont été reconstruites en ogive en 162 G. Des contre-forts ont été élevés à cette même époque aux quatre angles ex- térieurs. Les dômes avaient été d'abord recouverts de lames de fer d'Allemagne attachées à des arcs de bois, mais elles furent remplacées en 1684 par des feuilles de cuivre doré, étendues sur des arcs de fer et doublées de fer-blanc. Mal- gré les changements que nous venons d'indiquer et ceux qui eurent lieu à la suite de l'incendie de 1737 et des dévasta- tions de 1812, la cathédrale de l'Assomption conserve encore à peu près sa forme primitive. Les voûtes , couronnées de cinq dômes, sont soutenues , au centre de l'église, par quatre piliers circulaires d'ancienne construction; la lumière pénè- tre dans l'église par les fenêtres étroites de la rotonde du dôme et les dix-sept fenêtres murales. Le sanctuaire se com- pose de cinq hémicycles dont les intervalles sont remplis de pilastres liés entre eux par des arcades. La disposition des parties intérieures de l'église porte les traces du symbolisme sacré ; l'architecture est un mélange des styles byzantin et lombard; les formes sont massives et simples. L'iconostase du maître autel de cette cathédrale (cloison qui ferme le sanctuaire), d'après les explications de Sa Haute Eminence le métropolitain Philarète , est fait en l'honneur de l'Assomption de la Vierge ; il est composé de cinq rangées superposées d'images. Dans ce travail se reflète dans toute sa plénitude l'idée de l'Eglise œcuménique. La rangée supérieure représente l'idée de l'église primi- tive jusqu'à Moïse, et l'union de cette Eglise avec celle du Nouveau Testament. Une suite de pères de l'Ancien Testa- ment et de patriarches tels qu'Adam, Enoch, Noé, Sem, Abraham, Isaac, Jacob et autres, se trouvent des deux côtés de l'image de Dieu le Père, qui, de son sein, donne naissance au Verbe éternel. Plus bas , c'est l'Eglise de l'Ancien Testa- ment, à partir de Moïse jusqu'à l'apparition du Christ, ap- parition qui était annoncée; c'est pour cela qu'au milieu se trouve l'image de l'Apparition de la sainte Vierge avec l'Enfant éternel entouré de prophètes tenant en leurs mains les chartes de leurs prophéties. 2f6 La troisième nmgée représente les douze fêtes principales de l'année. La quatrième est un tableau de l'Eglise chré- tienne dans lequel le Christ, roi de gloire, est représenté sous la figure de l'évêque éternel assis sur son trône, en- touré de la Vierge et de saint Jean-Baptiste; plus loin sont tous les apôtres, et à leur tête saint Pierre et saint Paul. La cinquième rangée renferme les images qu'on pose habi- tuellement dans les iconostases et qui sont en harmonie avec les idées religieuses ou les événements en mémoire desquel- le monument a été construit. Ces images portent le nom d'images locales. La cathédrale de l'archange Michel, dans sa forme actuelle (fig. 18), a été construite en commémoration de la déli- vrance de la Russie de la famine; la cathédrale de l'Assomp- tion lui a servi de modèle : aussi est-elle moins originale que la cathédrale de l'Annonciation (tig. 19), qui, par son style, se rapproche des églises du mont Athos ou de l'église de Kertch, qui date du dixième siècle. Achevé en 1416, ce bâtiment est de forme carrée; le sanctuaire a trois hémi- cycles; un parvis couvert à deux entrées entoure l'église de trois côtés, c'est-à-dire des côtés sud, nord et ouest; quatre chapelles d'un style oriental s'élèvent aux angles au-dessus du parvis et communiquent entre elles au moyen de terras- ses établies à découvert sur la toiture du parvis. Le fait? de la cathédrale se compose de doubles lanternes superpo- sées; les dômes, couverts de cuivre doré, sont au nombre de neuf; celui du centre est surmonté d'une croix supportée par un croissant. Les murs de fondation sont en pierre blanche; les murs en élévation sont construits en brique. Les voûtes, en anse de panier, sont soutenues par des piliers carrés aux- quels aboutit te chœur, posé sur des arcades en plein cintre 27 et entouré d'une balustrade. Malgré les changements faits dans les temps modernes, malgré la capricieuse fantaisie de son architecte, ce temple présente encore aujourd'hui dans toutes ses parties un ensemble imposant et original. Il est pavé de carreaux de jaspe et d'agate qui, selon Karamzine, avait été enlevés des cathédrales de Rostof et de Souzdal; la tradition dit qu'ils y avaient été apportés de Constantinople. C'est ainsi qu'à partir de la fin du quinzième siècle, Mos- cou se rapproche visiblement de l'Europe occidentale et que sou architecture passe de son ancien état de simplicité à une ornementation souvent même trop recherchée. Parmi les mo- numents de cette époque nous citerons les églises de l'Epi- phanie, de Nicolas Gastounski, de Cosme et Damien, vis-à- vis le couvent de Tchoudow, de la Sainte-Vierge de Grebens- koïe , érigée par Jean III en commémoration de la conquête de Novgorod. L'époque de l'érection de l'église du bourg de Troitskoïe- Golenistchewo, situé entre les montagnes des Moineaux (Voro- biévy gory) et le mont Poklonnaya, est inconnue; mais, à en juger par le mode de construction et le style , elle doit avoir été construite au commencement de lapériode des patriarches. Au quatrième siècle, cette localité devint célèbre par le séjour qu'y fit saint Cyprien le métropolitain. L'église de la Nativité de la sainte Vierge au couvent de Saint-Sabbas , disciple de saint Serge de Radonége (près Zwenigorod), est, par son ancienneté et ses belles formes, un des plus remarquables monuments de l'ancienne architec- ture russe. Elle est tout entière en pierre blanche. L'église inférieure de la Nativité, restaurée en 1837, est aussi un monument des plus curieux. Par la construction de ses murs en pierre blanche, sans liens de fer, et par la dis- 28 position de ses parties intérieures, elle semble appartenir au quatorzième siècle; l'église qu'on voit au-dessus d'elle, à L'étage supérieur, a été construite beaucoup plus tard. Les voûtes de l'église inférieure, faites partie en brique et par- tie en pierre blanche, sont en ogive avec pendentifs et s'ap- puient, dans la nef, sur deux larges piliers circulaires. Les deux autres piliers correspondants sont carrés et reliés par des arcades qui séparent le sanctuaire de la nef. La nef, qui touchait à l'ancien palais des grands-ducs et aux apparte- ments des Tsarines, est éclairée par une seule fenêtre prati- quée dans le mur septentrional; le sanctuaire, séparé par des cloisons en trois parties, est éclairé par trois étroites fenê- tres. Le maître autel et la table d'autel sont faits en lour- des briques; un pilier de pierre s'élevait derrière le maître autel , probablement pour recevoir le retable. Cette église était réservée à l'usage des grandes-duchesses et des Tsarines russes. Vers la moitié du quinzième siècle , le métropolitain Jo- nas éleva dans la cour de sa maison un édifice en pierre (une espèce de palais, palatium, en russe palaty), qui con- tenait une église sous l'invocation de la sainte Vierge de Petchersk , construite en brique. Les dessus des portes et l'étroite chaîne qui liait les murs étaient taillés en pierres calcaires blanches. Le métropolitain Zosima le Barbu ajouta à ce bâtiment trois cellules avec des carreaux au niveau du sol. En 1475, le métropolitain George éleva une maison de pierre avec quatre caveaux , et en 1487 l'architecte Marc Friazine bâtit le premier palais de pierre à Moscou. En 1491, les Friazine, Pierre, Antoine et Marc, construi- sirent sur la place du Kremlin un grand bâtiment en pierre (Granovitaya Palata) pour le grand-duc (fig. 20); les por~ 29 tes Frolovskié (Spaskié) datent de la même année. Sui- vant le récit de Krekshine, on ajouta en 1492 aux an- ciennes fortifications de pierre du Kremlin deux nouvelles tours à meurtrières, avec galeries secrètes; plusieurs édifi- ces furent élevés en même temps au Kremlin , avec des ga- leries souterraines voûtées et des conduits d'eau en pierre, traversant le Kremlin de long en large, «pour le cas de siège. » A cette époque on connaissait déjà à Moscou l'usage des conduits d'eau en pierre et en plomb. Ces aqueducs et ces galeries secrètes forment le Kremlin souterrain dont on a découvert par hasard quelques parties. En 1516, par ordre du grand-duc Vassili Ivanovitch, des étangs furent creusés et un moulin en pierre établi à la Néglinnaya. Imitant l'exemple du souverain, plusieurs particuliers riches se mirent aussi à bâtir à Moscou des maisons en pierre. Les plus re- marquables d'entre ces maisons étaient celles de Basile Obra- zets, du boyard Dmitri Khovrine et du marchand Tarakane; la dernière avait été terminée en un seul été. Enfin, en 1499, l'architecte Alevise bâtit pour le grand-duc un palais de pierre (terem) au Kremlin (fig. 2 1), qui, selon Karamzine, s'est conservé jusqu'à nous. IV En 1473 fut fondé l'arsenal à Moscou, et dos lors on se mit à v fondre des canons et des cloches. Les germes des arts, transportés sur le sol de la Russie par les Italiens et les Allemands, poussaient peu h peu des racines jusque dans la vie sociale du peuple russe. Vers la fin du seizième siècle, Moscou avait déjà des cathédrales a dômes d'or, entourées d'épaisses murailles, des forts flan- qués de tours h meurtrières; mais elle n'avait encore que très-peu de maisons en pierre. La ville proprement dite ne comprenait que le Kremnlk; toutes les parties qui forment aujourd'hui le Beligorod et le Zemlianoy-gorod n'étaient alors que des faubourgs entourés de murailles en bois et de tours ou défendus par des grilles et des chevaux de frise. Au quinzième siècle, les murs et les tours du Kitay-gorod (') furent rebâtis en briques. En 1586 on commença, par ordre du Tsar Théodore, la construction d'une enceinte de brique autour duLeligorod, quartier qu'on appela d'abord Kraswy^ gorod ou ville rouge, de la couleur des briques dont ses murs étaient faits, et qui ne reçut son nom actuel de Beli- gorod ou ville blanche que lorsque ces murs furent blanchis. (*) Du (lange prétend que le mol Kitay-gorod signifie dépôt des tré- sors des Tsars. Cette enceinte fut élevée par l'architecte Théodore Kononow. Tout ce qui était situé au delà du Beligorod fut compris dans le Zemlianoy-gorod ou ville de terre, qu'on appelait aussi Tchomy-gorod ou ville noire, de la couleur des rem- parts de terre qui l'entouraient à cette époque. A la fin du seizième siècle, les quartiers ou villes que nous venons de nommer formaient donc autour du Kremnik trois cercles concentriques. Le Kremnik était le siège central du pou- voir laïque et spirituel; Kitay-gorod était le centre du com- merce; Beligorod et Zemlianoy-gorod , centres d'industrie, étaient peuplés d'artisans et d'ouvriers. Le Tsar Jean le Terrible forma à Moscou un bureau (pri- kaz) des constructions en maçonnerie, chargé de surveiller les constructions de la ville, de diriger les maçons et les fabricants de briques, et d'administrer les tuileries et les briqueteries élevées près du couvent Danilovsky, des por- tes de Kalouga et au quartier de Khamovniki. Sous le règne de Boris Godounof, l'architecture profane, constamment protégée par ce souverain, fit de rapides pro- grès; l'architecture sacrée commença, dès cette même épo- que, à modifier quelque peu ses formes premières. L'église de saint Pierre le métropolitain , au couvent de Vysoko- petrovsk, fondé en 1515, est un édifice octogone posé sur un parapet de pierre. La cathédrale de la Protection de la sainte Vierge, connue aussi sous le nom d'église de Vassili Blajenny (le bienheureux) (fig. 22), bâtie en 1554 par Jean le Terrible, en commémoration de la conquête de Kasan et d'Astrakhan , présente un mélange hardi des types indien et byzantin. Ce temple est très-solidement bâti en briques et en pier- res calcaires. 33 Les églises des bourgs Gorodna et Ostrowskoïé dans le district de Kolomna, des bourgs Kolomenskoï et Diakonowo (fig. 23) dans le district de Moscou, et du bourg de Besedy dans le district de Podolsk, sont bâties en forme de tour. L'église de la Décollation de Saint -Jean le Précurseur à Diakonowo, construite en 1529, se distingue par une archi- tecture originale : les murs sont en brique à soubassement en pierre de taille. L'église de Besedy a son étage inférieur construit en pierre de Miatchkowo ; les murs sont extérieure- ment et intérieurement revêtus de pierres calcaires blan- ches. Le maître autel est en pierre, les liens des murs sont en bois de chêne aux deux étages inférieurs et en fer à l'étage supérieur. D'après ces indices, il est permis de supposer que la construction de l'église de Besedy remonte à une époque antérieure à la période des patriarches, et que par consé- quent l'architecture friague ('), dont elle porte le cachet, avait cherché bien avant le seizième siècle à faire adopter en Russie les formes créées par son imagination hardie. L'église de la Présentation, dans le couvent de Saint-Serge à Troïtsa, a trois siècles d'existence, ainsi que l'attestent les matériaux dont elle est bâtie , la préparation de ces maté- riaux et le style même de l'édifice, qui est un composé du byzantin et du lombard. Les crampons qui relient les voûtes du sanctuaire sont en bois ; partout ailleurs ils sont en fer ; le sanctuaire est pavé de dalles ; en général la construction est très-solide. (*) Dès la seconde moitié du seizième siècle on appelait friagues, en Russie, les catholiques occideutaux, pour les distinguer des Allemands lu- thériens-, les productions des artistes catholiques étaient par conséquent qualifiées de travail friague, architecture friague, etc. Le mot friague dérive du sobriquet fria, que le peuple russe donnait à tout homme hau- tain ou présomptueux. 3 34 L'église de L'ermitage de Gethsémanié , près le couvent de Saint-Serge à Troïtsa (fig. 24), est un spécimen de la construction des églises en charpente au seizième siècle. Cette église avait été bâtie d'abord au bourg de Podsosénié, dépendant du couvent de femmes de l'Assomption de la sainte Vierge, qui s'élevait au seizième siècle sur les bords de la Torgoma. L'ancienne église de Podsosénié ayant été dévorée par les flammes en 1616, saint Denis éleva sur son emplace- ment une église de l'Assomption de la sainte Vierge, qu'il consacra lui-même. En 1844, ce temple fut transporté de Podsosénié à la Korboukha, restauré et consacré par S. H. Em. le métropolitain Philarète. Cette église est un type des plus anciennes constructions russes. Les murs sont faits de poutres équarries; l'étage supérieur a la forme d'un rectangle, entouré de trois côtés d'une galerie appuyée sur des pou- tres fixées dans le mur de l'étage inférieur. Trois absides sur- montées de tourelles (kakoshniks) sont adossées à la face orientale du bâtiment. La lumière pénètre dans le sanctuaire par trois fenêtres. Le dôme principal, appuyé sur des quil- les (na goroclkach), est surmonté d'une antique croix à quatre branches. Les murs extérieurs sont revêtus de planches. L'espace compris entre la cloison du sanctuaire et les por- tes d'entrée a dix-huit archines de longueur; les murs inté- rieurs ont neuf archines de hauteur. On voit aux environs de Rostof, (ville du gouvernement d'Yaroslaw) une église en charpente dont la construction re- monte au treizième siècle (fig. 25). La figure 26 représente un autre spécimen des anciennes églises en bois; elle a été bâtie près de Novgorod, et on prétend qu'elle appartient au temps de Jean IV surnommé le Terrible. La partie souter- raine de l'église du Miracle de l'archange Michel, au couvent 35 de Tchondow à Moscou, bâtie peut-être au commencement du seizième siècle, est formée de deux caveaux construits simplement en pierres calcaires blanches , sans crampons de fer. Le clocher Ivanowski ou la tour d'Ivan Veliki (Jean le Grand) (fig. 27), commencé sous le règne du tsar Théodore Ivanowitch, fut achevé sous celui de Boris Godounof. Le style se rapproche du lombard. Ses fondations, de forme pyramidale, sont faites en gros blocs de pierre calcaire brute ; on suppose que ces fondations s'enfoncent jusqu'au niveau de la Moskwa. Les murs de retraite sont en pierre calcaire; les autres murs sont faits de briques et reliés par des barres de fer qui s'entre-croisent dans toutes les directions. L'édifice a la forme d'une tour octogonale jusqu'à la hauteur du cinquième étage, qui est cylindrique et se termine en dôme doré et surmonté d'une croix octaèdre. Indépendamment de son caractère sacré, ce clocher avait aussi une destination pure- ment civile; il avait servi de vigie à une époque où Moscou était exposée aux attaques fréquentes des Tartares de la Crimée, des Lithuaniens et des Polonais. La place sur la- quelle il s'élevait s'appelait aussi place Ivanowski; c'est là qu'avait lieu la proclamation des oukases du Tsar (1). Nous devons aussi faire mention de l'église de la Décol- lation de saint Jean le Précurseur, au Staroe Vagankovo, bâtie en 1531, en commémoration de la naissance du tsar Jean IV; de l'église de Saint-Démétrius Selounski, érigée en (') La langue russe a conservé une locution qui se rapporte à ce fait : lorsqu'on veut dire, par exemple, qu'un homme a crié à tue-tête, on dit : il a crié de manière à être entendu de tous les coins de l'Iva- novskaya (KpmaTb bo bcio HBaeoBCKyw). 3* 36 1559 au Kitay-gorod, en commémoration de la naissance du tsarévitch Démétrius; de l'église de Saint-Siméon le Stylite, au delà de la rivière Yaouza, en commémoration de l'avéne- ment au trône de Boris Godounof. Nous citerons aussi le nouveau couvent de femmes ou couvent Novodévitchi, élevé en commémoration de la reprise de Smolensk sur les Lithua- niens. C'est à cette même époque qu'il faut rapporter les pre- miers changements dans l'architecture des églises en char- pente; leurs cages, qui jusque-là avaient invariablement la forme d'un carré, sont désormais rectangulaires, circulaires, cruciformes ou en forme de tente. On voit donc que les déviations à l'ancien style russo-byzantin, qui paraissent, bien que rarement, dès la seconde moitié du quinzième siècle, deviennent très-fréquentes au seizième. Les voûtes des égli- ses offrent plus de variété; aux anciennes voûtes en ogive viennent se joindre les voûtes en arc de cloître et le plein cintre, reposant sur le mur ou sur des piliers. Les liens des murs sont ornés de figures en faïence (tsénina) d'un dessin varié, dans le goût lombard, mauresque ou gothique. Toute- fois les croisées sont encore formées de poteaux, à un vantail et à vitraux de mica dans un châssis de fer; longues et étroi- tes, elles sont pratiquées à une grande distance du sol. Au seizième siècle on emploie déjà les pots creux non-seulement pour les voûtes, mais aussi pour les plafonds ordinaires; la cathédrale de Riazan et l'ancien palais du Kremlin, démoli en 1840, en offraient des exemples. Sou^ les églises, les tours et les palais, étaient creusés des caveaux ou des cryptes pour la sépulture des morts ou la conservation du trésor, de la poudre à canon, des boulets, etc. Vers cette époque, des portiques ouverts ont commencé M 7 à remplacer le parvis dans nos églises, et généralement on voit paraître de nouvelles formes inconnues à l'ancienne architecture russe. Les croix qui surmontent les dômes sont tantôt à quatre, tantôt à huit branches, terminées souvent par des petites croix ; elles sont fixées directement sur le dôme ou bien sur une boule ; les extrémités de leurs bran- ches sont quelquefois liées avec le dôme par des chaînes. Les croix qui surmontent les dômes oriental et occidental de l'église de la Protection de la sainte Vierge, bâtie en 1693, à Fili, non loin de Moscou, par le boyard Léon Kiril- lowitch Naryschkine, oncle de Pierre le Grand, portent des aigles à deux têtes; un pigeon est fixé sur la croix de la cathédrale de Saint-Démétrius à Vladimir (1194). Parmi toutes ces innovations, la plus curieuse est l'emploi d'un croissant qu'on posait sous la croix à quatre branches des anciens dômes, et qui, selon quelques-uns, doit rappeler la victoire de la croix sur le croissant ou la délivrance du joug des Mongoles. Cette explication ne peut cependant être admise, car on sait de source certaine que l'emploi du crois- sant dans nos églises est antérieur à l'invasion des Mongoles. On est donc tenté de croire avec Maxime le Grec (*) que le croissant devait figurer la lettre grecque v, symbole du chemin de la croix. (') Mort vers la moitié du seizième siècle. VI En 1601, Boris Godounof fit élever contre la salle Dorée et celle connue sous le nom de la Granovitaya, sur l'empla- ment du palais de Jean IV, deux nouvelles salles, appelées salle des Repas (stolovaïa) et salle des Services funèbres (panechidnaïà). Au-dessus de la salle Dorée s'élève l'église du Saint- Sauveur à la Grille d'or, surmontée de onze dômes. La salle Dorée diffère par le style, autant que par la cons- truction et l'ornementation, de tous les autres monuments d'architecture civile qu'on trouve dans le Kremlin. Les res- tes de l'ancienne architrave et des plates-bandes des trois croisées laissent encore voir quelques ornements en pierre calcaire dans le goût lombard. L'église du Saint-Sauveur à la Grille d'or (autrement dite église Vercho-Spaski) s'élevait d'abord à l'endroit où le métropolitain Jonas avait autrefois construit une maison ; l'église actuelle (fig. 28) a été bâtie en 1634, sous le règne du tsar Michel Féodorovitch. La cor- niche principale, Fattique et les pignons des dômes sont re- vêtus à l'extérieur d'ornements en relief, en faïence de cou- leur (tsénina) dont une partie est encore fraîche et trans- parente comme si elle était toute neuve. Après l'incendie de 1591, sous le règne du tsar Théodore, Moscou fut rebâti par les architectes italiens et allemands et par leurs élèves russes; à la place des anciennes chaumiè- res sans tuyaux de cheminées, les gens riches commencèrent à élever des maisons régulières avec un perron, un vestibule chauffé et deux ou trois ou même plusieurs chambres, qui portaient différents noms caractéristiques, tels que gridnid (rpiiAUJi), térème (TepeMT>), povaloucha (noBajyma), odrina (o4puua), vy chka (buwkh) et smotrilnit sa (cmot pu jbHima) (1). La construction de ces maisons ne différait probablement en rien de celle que présentent aujourd'hui les cabanes des paysans riches ; car le peuple russe, qui ne renonce pas fa- cilement aux usages des temps passés, est resté fidèle au caractère des anciennes constructions de sa patrie. — Pour donner à nos lecteurs une idée de ces constructions, nous donnons les figures des façades de quelques chaumières en charpente du bourg Ivanovski, situé dans le district de Chouya du gouvernement de Vladimir (fig. 29); — d'une maison centenaire, appartenant au paysan Kobyline et située dans le même bourg Ivanovski (fig. 30), et de la façade des (') Selon KatchehoVstq;j gfidnia était une chambre chauffée par un poêle ou une cheminée, choses longtemps inconnues dans les contrées seplcnlrionales, où elles étaient remplacées par un àtre. On appelle encore povaloticha, dans le district de Kassimow, des chambres froides, pareilles h celles qu'on construit en face des cabanes, de l'autre coté du vestibuie'i En admettant cependant que le terme povaloucha dérive du verbe russe povhlitsa (se coucher ou tomber) , il pourrait bien avoir désigné une dlëmbrë de repos ou un endroit pour serrer les effets, une espèce de garde-robe, qui pouvait se trouver également à l'étage inférieur ou à l'étage supérieur; un ancien proverbe russe qui dit: le térème est haut, mais ta povaloucha est encore plus haute, semble confirmer cette dernière supposition. Odrina était la chambre à coucher, vychka était une chambre tout en haut de la maison, une espèce de pignon. Smotninitsa était une petite tourelle ronde qui s'élevait au-dessus des maisons des princes et des boyards et qui permettait d'en examiner les alentours. 41 chaumières communes de la Grande-Russie (gouvernement de Kostroma), construites en charpente (fig. 31). Les poêles de ces maisons étaient revêtus de carreaux de faïence; les vitraux étaient de mica. Moscou avait imité cet usage de Pskow et Novgorod, où l'emploi du mica datait de très-loin. Ces maisons n'étaient cependant pas basses. Les écrits du temps font du reste mention de fenêtres étroites et peti- tes et de portes basses. L'usage s'était introduit à cette épo- que de faire le plancher en carreaux de chêne, ressemblant beaucoup à nos parquets. A l'extérieur les maisons étaient ornées de différentes figures en bois découpé et travaillé à jour, comme on en voit de nos jours aux maisons de riches villages. La couverture des maisons de bois était de chaume ou de planches ; les maisons de pierre étaient souvent cou- vertes de tuiles et avaient au-dessus des portes et des croisées des ornements moulés en argile. — Les habitants nécessiteux des villes ne se laissaient cependant pas entraî- ner par ce luxe et, fidèles aux coutumes de leurs pères, con- tinuaient à vivre dans des cabanes enfumées sans tuyaux de cheminée, et à employer pour les croisées, en guise de mica, de la toile imbibée d'huile ou des vessies de bœui Les figures 32 et 33 représentent l'intérieur d'une cabane sans tuyaux de cheminée, avec quelques fenêtres et des ouver-* tures servant de fenêtres. La première de ces vues est prise du côté droit, la seconde, du côté gauche de l'entrée. Les figures 34 et 35 représentent l'intérieur d'une maison à poêle et à tuyaux de cheminée; la première de ces figures donne le premier plan de la chambre, la seconde représente le fond. Pourquoi la cabane enfumée, sans tuyaux de cheminée, était-elle préférée à la maison à poêle, et n'est-il pas étrange qu'elle domine encore à peu près dans toute l'étendue de la 42 Russie? Certes, à la première vue, il serait difficile de trou- ver à cette préférence d'autre raison que celle du bon marché relatif de la construction de ces cabanes ; mais en examinant le fait de plus près, on finit par se convaincre qu'elles ont réellement un certain avantage sur les maisons à poêle; quel- que singulier que cela puisse paraître, on est cependant forcé d'en convenir. L'installation du ménage dans une simple ca- bane sans tuyaux de cheminée est moins coûteuse que dans une maison à poêle; ses murs enfumés se détériorent moins facilement et les insectes ne s'y logent point. De plus, un âtre sans cheminée sert en même temps d'étuve au paysan russe; vivant dès l'enfance dans une pareille cabane, le paysan s'habitue facilement à ses défauts et mène une existence semblable à celle de ses pères, sans vouloir changer de mœurs ou de coutumes. Il est toutefois à désirer que les anciens âtres, si nuisibles à la santé, cèdent enfin la place aux poêles à tuyaux, d'autant plus que la construction de ces derniers n'est pas coûteuse non plus et qu'ils peuvent aussi servir d'étuve aux paysans. La fabrication de l'espèce de faïence connue sous le nom de tsénina avait pris en Russie un grand développement dès le seizième siècle et finit par devenir très-commune. On commença alors à comprendre sous la dénomination générale de tsénina le vernis des poteries, le verre liquide, l'émail et la faïence de couleur. Nous croyons devoir dire quelques mots au sujet de cette fabrication qui n'est actuellement représentée que par la fabrication des carreaux de faïence et en partie de la faïence ordinaire. Nous ne nous chargeons pas de donner une définition exacte de ce que nos ancêtres appelaient tsénina (Uemina). Etait-ce un produit spécial ou bien n'était-ce tout simple- 4-3 ment que la faïence ou la porcelaine de couleur? C'est ce qu'il nous est impossible de décider. Il nous semble cepen- dant que la fabrication de la tsénina devait consister dans la confection par des ouvriers spéciaux de divers objets en argile couverts d'une couche de verre liquide, et pouvait être un art distinct et indépendant des autres fabrications de ce genre. En essayant de nous rendre compte de cette fabrication, nous y distinguons trois procédés distincts : 1« la confection de divers objets en argile ornés de figures pressées ou moulées au moyen de formes et de presses; 2° l'imagerie et la peinture en couleurs métalliques qui cou- vraient ces objets d'images de saints, de figures d'hommes, d'oiseaux, d'animaux, d'arabesques variées, etc.; 3° la fa- brication de la tsénina proprement dite, qui consistait dans l'application sur ces objets d'une couche de verre liquide. Des ouvriers spéciaux étaient employés à chacun de ces trois procédés. Les premiers produits de la fabrica- tion de la tsénina, dus aux artisans de Byzance, parurent en Russie dès le dixième siècle ; mais ce n'est qu'à partir du douzième siècle que les ouvriers russes commencent à orner de tsénina les murs et les planchers des églises et les ustensiles de ménage. Les traditions conservées dans le peuple et l'étude des anciens monuments nous ap- prennent qu'il y a eu en Russie un temps où chacune des villes dont les habitants fabriquaient de la tsénina avait ses couleurs favorites qu'elle employait invariablement dans la préparation du vernis. C'est ainsi que Rostof em- ployait de préférence le bleu et le vert; Moscou, le vert et l'azur, etc. La tsénina de Vladimir se distinguait par la peinture originale des figures et des plantes. La fabrication de la tsénina, que les Russes apprirent n des Grecs, non-seulement s'adapta, en tant qu'imagerie et ornement architectonique, au goût russe, mais subit aussi l'influence mongole. Comme tout autre art, elle a eu ses époques de transformation et de développement successif. Les petits carreaux vernis retrouvés dans les décombres de l'église de Dîme et quelques objets ayant appartenu au couvent de Saint-Irène ('), fondé en 1040 à Kiew par le grand-duc Yaroslaw, sont probablement les premiers pro- duits russes de cette fabrication, car il est peu probable qu'ils aient été importés de la Grèce. Nous avons dit plus haut que les murs de la cathé- drale de Novgorod et de l'église du couvent de Kolojane portent aussi des ornements antiques en tsénina de By- zance. Nous remarquerons ici que dans la partie méri- dionale de la cathédrale de Saint-Démétrius à Vladimir, qui date de la fin du douzième siècle, on voit une image en tsénina représentant saint George à cheval écrasant un dra- gon. Le mur extérieur de cette même cathédrale porte un carreau de faïence avec l'image de Jésus crucifié. Ces objets ont peut-être servi de modèles aux ornements des églises de Moscou, où l'influence mongole se fait sentir dès le treizième et le quatorzième siècle. Dans les contrées occidentales de l'Europe, la fabrica- tion de la faïence connue chez nous sous le nom de tsé- nina, et importée en Espagne par les Maures, ne com- mença qu'au quatorzième siècle et n'acquit de la célébrité qu'au quinzième. Quoique supérieure par le travail et les couleurs à celle qu'on fabriquait en Russie, la tsénina n'en disparut pas moins dans l'occident de l'Europe à l'époque où l'on commença à y importer la porcelaine de (■) L'ancienne bâtisse de ce couvent nexiste plus. 45 Chine. On voit cependant chez les peuples occidentaux quelques spécimens de cette fabrication du quinzième siècle sur la vaisselle, sur les poêles et dans l'ornemen- tation des églises et des maisons, principalement aux cor- niches et aux murs; ce sont pour la plupart des figures de saints, des armoiries et des figures d'animaux et d'oiseaux en relief. Le seizième et le dix-septième siècle furent l'époque du plus grand développement de la fabrication des émaux et de la tsénina en Russie. Vers la moitié du dix-septième, des artisans spéciaux, compris dans le service de la cour sous le nom de maîtres faïenciers, s'occupaient exclusive- ment de ce métier. On voyait parmi eux des potiers qui fabriquaient aussi des carreaux de faïence ou des carreaux de poêle. Anciennement les poêles étaient revêtus de carreaux bleus et verts, lisses ou façonnés, et ornés de dessins en cou- leur, quelquefois même de figures en bosse produites au moyen de là pression, et de différentes inscriptions. Les assises des poêles reposaient sur des carrés de bois lais- sant entre le plancher et le poêle un espace vide d'une demi-ar chine environ (fig. 35), ou sur des supports en faïence. Les poêles étaient circulaires ou bien ils avaient la forme d'une armoire à colonnettes avec corniches et gla- ces; quelques-uns étaient imités des poêles tartares; en guise d'ornement on réunissait parfois les carreaux avec des clous à tête de cuivre. Au dix-huitième siècle on commença à fabriquer dans les villes septentrionales de la Russie des carreaux à la hollandaise, qui se distinguent par leur dessin original et par les figures d'oiseaux et d'animaux qui les couvrent, 4-6 Yaroslaw est de toutes les villes russes celle qui possède actuellement le plus grand nombre d'anciens poêles; les églises y conservent encore leurs vieux poêles ornés de carreaux. Parmi les poêles conservés dans les autres vil- les, les plus remarquables sont ceux qu'on voit à Nov- gorod, dans l'église connue sous le nom de palais d'Yaros- law, et à Moscou, dans les appartements de l'ancien palais appelés térèmes. On fabriquait les carreaux en argile purgée des par- ties calcaires et couverte d'un vernis dont la composition et la préparation ne différaient point de celles de l'émail ; seulement ce dernier était appliqué sur des objets métal- liques, tandis que le vernis servait à recouvrir les objets façonnés en argile; les substances qui entraient dans la composition du vernis étaient moins chères et par consé- quent plus grossières que celles dont on faisait l'émail. Ce dernier était appliqué à l'état de pâte épaisse; le ver- nis, au contraire, était toujours liquide et s'appliquait par infusion. L'essence du vernis était une masse formée d'é- tain et de plomb fondus et mêlés avec du verre pilé et de la potasse; cette masse recevait différentes couleurs par l'adjonction d'oxydes métalliques. Les ouvriers em- ployés jadis à cette fabrication possédaient plus d'un se- cret au moyen duquel ils parvenaient à donner à leur travail un certain degré de perfection ; mais la propriété de ces secrets ne leur était garantie par aucun privilège : aussi se gardaient - ils bien de les divulguer. Grâce à cette circonstance, la plupart de ces secrets ne nous sont point parvenus, et nous ne connaissons aujourd'hui de cette fabrication que la composition des couleurs, dont l'emploi avait été commun au dix-septième et au dix-huitième siècle. 47 La porcelaine tendre paraît à Moscou en 1700, mais la première fabrique de porcelaine n'est fondée qu'en 1744 à St-Pétersbourg. Il faut croire qu'en Russie, comme dans l'Europe occidentale, la porcelaine a remplacé dans l'usage la vaisselle de tsénina, dont la fabrication cessa dès lors. Il serait d'ailleurs plus juste de dire que cette fabrication a perdu son nom technique plutôt qu'elle n'a disparu, car de nos jours encore il n'est pas rare de voir des objets en faïence recouverts d'un vernis bleu et ne différant de l'ancienne tsénina que par un travail plus élégant et plus solide. VII Il est à remarquer que le trait caractéristique de tou- tes les villes russes anciennes consistait d'abord dans la préférence donnée pour les bâtir à la rive haute des ri- vières, ensuite dans leur division bien distincte en trois parties. Au milieu de la ville se trouvait le château dit kreni- lin ou dietinetz. La partie entourant le kremlin s'appe- lait passad, et avait quelquefois une enceinte de murail- res ou un rempart en terre. En dehors des limites des passad étaient construits les slobodi, ainsi nommés à cause de certains droits ou fran- chises dont jouissaient les propriétaires, et desquels étaient privés ceux des autres bourgs ou villages. Les slobodi portaient des noms qui faisaient allusion à la profession et à l'industrie de leurs habitants, tels que Yamskaïa (des yamchiks), Eibnaïa (des pêcheurs), Streletskaïa (des streltzi), Kosatskaïa (des cosaques). Dans le kremlin et une partie des passadi, les maisons, construites en poutres non équarries, étaient alignées en rues. Au centre de la ville étaient groupés les bâtiments de l'Etat, tels que les prikasnié isbie (tribunaux et adminis- 4 50 trations diverses), le voevodsky dvor (palais du gouver- neur), le trésor, les magasins aux grains de l'Etat, la turma (prison), etc. Là se trouvaient aussi les ossadnidvori ou habitations dans lesquelles venaient loger, lors d'une invasion, les pro- priétaires voisins. Les marchands et les artisans avaient ordinairement leurs habitations dans les passadi. Parmi ces maisons en bois on voyait aussi quelquefois s'élever des églises et des couvents, dont quelques-uns étaient bâtis en pierre. Le kniaze et sa drougina (garde) habitaient le krem- lin, et les smerdi (gens du peuple) demeuraient dans les passadi. A cette époque on n'avait aucune idée ni du pavage ni de l'éclairage des rues. Moscou, ainsi que les villes dont nous venons de parler, se compose de parties distinctes : 1° Le Kremlin et le Kitaï-gorod; 2° Le Bely-gorod, qui entoure ces deux parties de la ville ; 3° Enfin le Zemlianoy-gorod, qui s'étend au dehors de l'enceinte du Bely-gorod. Au commencement du dix-septième siècle, les princi- paux quartiers de Moscou, le Kremlin, le Kitay-gorod et le Bély-gorod, étaient déjà entourés de murailles de pierre; le Zemlianoy-gorod (3eMJHHoii ropo4i>) avait une enceinte de bois qui lui valut l'appellation de ville de bois. Cette enceinte fut brûlée par les Polonais dans le courant du même siècle. Il n'existait de ponts de pierre que sur les fossés du Kremlin; tous les autres ponts, flottants ou 51 bâtis sur pilotis, étaient de bois. On voyait encore jus- qu'en 1678, non-seulement dans les rues du Bély-gorod et du Kitay-gorod, mais aussi dans celles du Kremlin, les cabanes des mendiants et des perclus, qui plus tard re- çurent un asile dans les hospices établis à côté des égli- ses. Dans le Kitay-gorod et le Bély-gorod, les églises des Allemands (nommées par les Russes Kirki ou ropati, lieu de murmures) s'élevaient, jusqu'en 1657, à côté des tem- ples russes; on trouvait encore des cimetières dans l'enceinte du Kremlin. On voit dès cette époque que les Russes, contrairement à leurs habitudes, et malgré la préférence qu'ils accor- daient aux maisons en bois et aux chaumières à cages de poutres entourées de larges galeries, commencent à élever, probablement par crainte d'incendie, des maisons voûtées en brique. De toutes les murailles de pierre qui au seizième et au dix-septième siècle entouraient les villes, il ne nous est resté qu'une partie de celle de Serpou- khow. En 1556, le tsar Jean le Terrible fit construire une muraille en pierre calcaire, de 370 sagènes de lon- gueur sur 10 archines de hauteur; elle était flanquée de quatre tours et n'avait qu'une porte. Par sa proximité de Moscou, la forteresse de Serpoukhow était un point très- important de la ligne de défense tracée par le fleuve Oka. Le couvent de Saint-Serge à Troïtsa avait été entouré, sous le règne de Jean IV, d'une muraille de pierre haute de quatre sagènes, flanquée de huit tours et renfermant une prison (ostrog). L'ancienne cathédrale de la for- teresse de Mojaïsk est bâtie en pierre calcaire. A Ko- lomna on voit les restes d'un mur de brique élevé en 1525 par le grand-duc Vassili Ivanovitch, et qui est formé 52 de deux pans parallèles, de trois quarts d'archine d'épais- seur chacun ; l'intervalle entre les pans est rempli de cailloux; les portes et les tours sont en briques. Le plus remarquable de tous les anciens murs d'enceinte des vil- les russes est celui de Smolensk. Il a été commencé en 1596, sous la régence de Godounof, et achevé en quatre ans, malgré que les pierres calcaires qui ont servi à sa construction aient été amenées de la ville de Staritsa, éloignée de 342 verstes de Smolensk, et que la chaux ait été cuite dans le bourg de Verkhovié, situé Mans le district de Bielsk, à 200 verstes de Smolensk. La muraille de Smolensk, percée de meurtrières, a deux rangées de créneaux; son étendue est de 5 verstes et 80 sagènes; sa hauteur, de 7 sagènes sur 2 sagènes et demie d'épaisseur. Des trente-six tours qui la flanquaient, dix-sept sont encore debout; leur partie inférieure est en pierre cal- caire; la partie supérieure en brique. La solidité de ce mur est telle qu'il y a de cela quarante-cinq ans, c'est-à-dire deux cents ans après sa construction, les processions reli- gieuses qui ont lieu autour de Smolensk pouvaient encore marcher sur le mur dans tout son parcours; les briques dont il est bâti sont d'une si bonne qualité que, malgré tous les essais faits à Smolensk, on n'est point parvenu h en fabriquer de pareilles. VIII Comme l'ancien style byzantin qui avait dominé en Russie du dixième au quinzième siècle, comme le style lombardo-vénitien que les Italiens y avaient introduit au quinzième et au seizième siècle, le style allemand ou mau- resque-gothique, que les architectes allemands firent pré- valoir chez nous au dix-septième siècle, subit quelques modifications sous l'influence des éléments locaux. Les Al- lemands préféraient, pour la construction des églises, la brique bien cuite à la pierre calcaire, et tout en gardant dans leur architecture religieuse notre symbolique sacrée, ils adoptèrent cependant une ornementation plus recherchée. A cette époque on commença à placer dans les voûtes des pots creux (golosniki), pour en augmenter la réson- nance; les sommets des voûtes se réunissaient en trois étages et formaient des tourelles ou des niches demi- circulaires surmontées d'un ou de cinq dômes. Les égli- ses à cinq dômes existaient d'ailleurs déjà à l'époque des patriarches russes. On élevait au dix-septième siècle des églises à deux étages, dont l'un, appelé église basse ou inférieure, était chauffé et servait en hiver, et l'autre, appelé église haute ou supérieure, étant sans poêles, ne pouvait servir que 5fc pendant l'été. Dans les églises qui datent du dix-septième siècle on ne voit plus de galeries ou chœurs comme on en bâtissait au quatorzième et au quinzième siècle ; mais le sanctuaire conserve encore son ancienne division en trois hémicycles faisant saillie du côté de l'orient. La plus re- marquable des églises construites à cette époque à Kiew est la cathédrale de l'Epiphanie, au couvent Bratsky, bâ- tie en pierre, en 1693, par le hetman Mazepa. Les églises en charpente du dix-septième siècle avaient le plus souvent cinq dômes et trois absides de forme cir- culaire, dont la principale était à trois fenêtres et les deux latérales à une fenêtre. La porte occidentale était précé- dée d'un parvis. Les chapelles s'élevaient sur des parvis séparés, en dehors de l'église principale, avec laquelle elles communiquaient par des portes. Les registres des maisons du Bély-gorod et du Zemlyanoi-gorod à Moscou font men- tion, au dix-septième siècle, de quelques églises en char- pente chauffées à poêles. Les constructions en bois étaient ornées, tant intérieure- ment qu'extérieurement, de différentes pièces travaillées en bois avec beaucoup de recherche, dans le goût russe, telles que planches découpées à jour, accessoires sculp- tés, faîtes et balustrades ouvragés, et toutes sortes de ci- selures différant peu de celles qu'on confectionnait à l'épo- que où ce genre d'ornementation venait seulement de naître. On retrouvait ces mêmes ornements sur quelques chaumières, comme nous l'avons représenté dans les ligures 29 et 31. Les dômes des églises étaient couverts d'écaillés de bois ou de bardeaux ; les toits, pour la plupart à deux ou à quatre pans, étaient couverts de planches. Les clo- chers, de pierre ou de bois, étaient construits contre le 55 mur occidental, rarement contre l'oriental, comme, par exemple, le clocher de Notre-Dame Grebensky au Bély- gorod. On rencontre souvent près du mur septentrional des églises, des tourelles de clochers formées d'un mur en pierre partant en triangle des bords du toit appelé Tchiptsovoy et laissant des ouvertures pour la volée des cloches. Telles sont les tourelles de l'église de Saint-Jean le Précurseur au Kremlin. On élevait aussi au dix-sep- tième siècle des clochers séparés de l'église, non loin de sa porte occidentale, et surmontés d'un dôme en forme de couronne impériale avec plusieurs ouvertures pour le son des cloches. Les quelques clochers de ce genre restés debout jusqu'à nos jours datent des règnes des Tsars Mi- chel Féodorovitch, Alexis Michaïlovitch et Théodore Alexée- vitch ou du règne des trois souverains Jean, Pierre et Sophie, c'est-à-dire de l'époque qui vit s'élever à Moscou le plus grand nombre de monuments de l'architecture pro- fane et sacrée. Les plus remarquables de ces monuments sont : 1° L'église du Saint-Sauveur à la Grille d'or, dont nous avons déjà parlé ; 2° L'église de Notre-Dame de Géorgie (fig. 36), située près du mur oriental du Kitay-gorod. Ce monument de l'architecture religieuse du dix-septième siècle est un spé- cimen d'un style original créé, dans le goût russo-by- zantin, par les architectes moscovites, sous le règne des trois premiers souverains de la maison Romanof. L'excel- lente conservation du corps de ce bâtiment et de ces ornements en briques, en carreaux et en pierres calcaires, qui ont si bien résisté pendant deux siècles à l'action de l'air, témoigne de la solidité de sa construction; 56 3° L'église de Saint-Nicolas aux Stolpy (bt> crojinaxT>) ou église sur la tour au Bély-gorod (fig. 37), construite au dix-septième siècle, dans le même style que les autres églises citées. Le nom de tour donné à l'emplacement de cette église vient, selon la tradition, d'une tour de vigie qui y avait été construite à l'époque de la domination des Tartares et qui servait à surveiller la marche des détachements qu'ils envoyaient contre le pays. De là le nom d'église sur la tour ou d'église bâtie sur l'emplace- ment de l'ancienne tour; 4° L'église de Saint-Nicolas à la Biersénevka, bâtie en brique vers l'an 1656. Cet édifice indique une tendance d'union entre le style indo-oriental et le style byzantin. Les ornements extérieurs sont taillés en partie dans la pierre calcaire. Des carreaux ornés de figures d'aigles à deux têtes sont placés dans les enfoncements des murs ; 5° L'église de la Nativité de la sainte Vierge aux Pout- niki, remarquable par une étrange réunion de construc- tions anciennes avec des bâtisses plus modernes, dont les principales datent des premières années du dix-septième siècle. L'antique origine de cet édifice est attestée par les lourdes briques dont il est fait et les liens de bois qu'on voit encore dans les voûtes du sanctuaire; les autres par- ties de la construction sont liées par des barres de fer. Les assises des murs sont très-solides. Il se peut que cette église ait été construite peu de temps après celle de la Protection de la sainte Vierge. Quant à son style, l'élé- ment russe y domine sur le byzantin et le lombard. La rotonde du dôme est ornée d'astragales et de bandes con- caves faites au moyen de la pression, et couvertes de carreaux formés de plusieurs pièces sur lesquelles on 57 voit des aigles à deux têtes entourés de plantes entrela- cées. Ces bandes indiquaient un assez haut degré de per- fection dans l'art de produire des figures au moyen de la pression, et prouvent qu'il fleurissait déjà au dix-sep- tième siècle; 6° L'église de la Sainte-Trinité dans le bourg Troïtsky, sur la route de Zvénigorod, à 10 verstes de Moscou, construite en 1708 dans le style de la Kenaissance, qui s'introduisit à Moscou vers la fin du dix-septième siècle; 7° L'église de Saint-Nicolas à la Grande Croix, dans le Kitay-gorod (fig. 38), et l'église de l'Assomption sur la Pokrovka aux Kotelniki, dans le Bély-gorod. Ces églises occupent incontestablement la première place parmi cel- les bâties au dix-septième siècle à Moscou, dans le style mauresque-gothique. L'église de Saint-Nicolas à la grande croix est appelée ainsi parce qu'on y garde une croix de grande dimension, qui renferme quatre-vingt-dix parcelles de reliques de plusieurs saints. L'église de l'Assomption sur la Pokrovka aux Kotelniki a pris son nom de l'ancienne déno- mination de l'emplacement sur lequel elle s'élève. Ces deux églises sont très-solidement bâties en briques réunies par des liens de fer; leurs murs de retraite sont en pierre calcaire, qu'on a aussi employée pour quelques ornements de portes et de fenêtres. Ces églises sont comptées sans contredit parmi les plus beaux édifices de Moscou. Pen- dant son séjour dans cette ville en 1812, Napoléon mit un soin tout particulier à préserver du feu l'église de l'Assomption. Au commencement du dix-septième siècle on fabriquait déjà à Moscou de bonnes et solides briques; tous les pa- lais et tous les bâtiments de quelque importance étaient, 58 à cette époque, construits en pierre. En 1635 on cons- truisit au Kremlin, au-dessus de la salle des Artisans, de nouveaux appartements pour le Tsar et des térèmes pour les Tsarévitch Jean et Alexis. Peu de temps avant, on avait élevé la maison synodale, connue d'abord sous le nom de maison des patriarches, avec l'église des Douze Apôtres. Restaurée sous Pierre le Grand, cette église est la première de celles consacrées par le saint-synode ins- titué en 1723. Les portes de la maison archiépiscopale dite Kroutitskiia sont également dignes d'intérêt. C'est là que les armées russes, réunies contre les Polonais qui opprimaient la patrie, avaient solennellement juré de la défendre et de la sauver. Ces portes datent de la seconde moitié du dix-septième siècle et supportent un térème à quatre fenêtres dont la façade est couverte de carreaux verts et bleus ornés de diverses figures. Avant l'incendie de 1737, la toiture escarpée de ces portes était couverte de tuiles et répondait parfaitement au caractère général de la construction, qui porte l'empreinte du goût russo- oriental. Pour ce qui concerne l'architecture, la première place parmi toutes les constructions du dix-septième siècle, après la Granovitaya Palata et les térèmes du Kremlin, appar- tient à l'ancien palais Potechny (palais de plaisance), trans- formé aujourd'hui en hôtel du commandant de la ville. Bâti sous le règne du Tsar Alexis, en grosses et lourdes briques liées par des barres de fer, ce palais se compose de deux ailes à quatre étages, réunies par une construction à trois étages, antérieure, par le travail et le style, aux deux autres et datant peut-être des premières années du dix-septième siècle ou du règne des premiers souverains de la maison 50 Romanof. De profonds caveaux et des galeries en pierre calcaire s'étendent sous les voûtes également en pierre cal- caire de l'étage inférieur de cet édifice. Ces caveaux con- tenaient autrefois, selon le témoignage des anciens habitants de Moscou, qui avaient pu constater le fait par eux-mêmes, des appartements dont les murs étaient revêtus de carreaux vernis. On voyait encore au commencement de ce siècle les tuyaux des poêles qui chauffaient ces chambres. On ignore le nom de l'architecte qui avait construit cet édifice, dont le style est un composé de divers éléments, tels que le style gothique-allemand, le mauresque, le byzantin, le style de la Renaissance et le style dit rococo. Les pilastres, les sup- ports, les corniches et les autres ornements conservés sur les murs extérieurs de cet édifice sont taillés dans la pierre calcaire ; ils sont couverts de figures de cavaliers, de lions, d'ours, de licornes, de dragons ailés, d'oiseaux, de vases de fleurs et d'autres objets habilement entremêlés et in- diquant la destination du bâtiment. Un nouveau bazar fut construit en 1677 dans le Ki- tay-gorod. Quelques-unes de ses rangées de boutiques con- servent encore de nos jours leurs anciennes appellations, comme par exemple les lignes Sourovskaya (CypoBCKaa) ou ligne des soieries; Panskaya fDaHCKaa) ou ligne de mercerie; Friajskaya («ÊpajKCKaa) ou ligne de quincaillerie, et la ligne Vénitienne; les noms de ces rangées de boutiques étaient probablement en rapport avec les relations de com- merce extérieur. Parmi les plus remarquables maisons seigneuriales de ce temps, on peut citer la maison du boyard Artamon Serguéïévitch Matveïef, bâtie par les strélitzs dans la pe- tite rue Stolpovsky de la paroisse de l'église de Saint-Ni- 00 colas sur la Tour('), et la maison du priuce Basile Galit- zinc, recouverte de feuilles de cuivre. Cette dernière maison ne le cédait en beauté à aucun ancien palais des autres pays d'Europe. (') Les strélitzs, voulant témoigner leur reconnaissance pour les ser- vices que leur avait rendus Matvéief, apportèrent pour la construction de sa maison les pierres qui couvraient les tombes de leurs parents. IX rendant que l'architecture civile embellissait Moscou de plus de trois mille édifices en pierre, bâtis par des archi- tectes étrangers et des maîtres constructeurs entretenus par l'État, l'architecture nationale continuait à élever ses constructions en charpente. Les étrangers eux-mêmes ren- dent justice à l'habileté de nos charpentiers en consi- gnant dans leurs récits que les Russes possédaient au dix- septième siècle le talent de bâtir à peu de frais et avec beaucoup de célérité des maisons de bois qui, pour l'élé- gance du travail, pouvaient rivaliser avec celles de pierre. Les cages de ces maisons en charpente avaient une forme très-variée : les toits étaient, selon le climat, tantôt très- inclinés, tantôt à deux pentes douces ; les toits à plusieurs pentes étaient appelés toits détente (chatrovi ou épanchovia), La couverture était de planches, de tuiles ou même de gazon. Les toits à flèches et à coupoles, à quatre, six et huit pans, étaient connus à cette époque sous le nom de toits du tsar, probablement parce qu'on les employait de préférence dans la construction des palais. La disposition des maisons en charpente n'offre rien de particulier; elle était très-uniforme dans les maisons de moindres dimen- sions. G2 Elles se divisaient en deux parties: la première était l'isbah chaude ou istopka, la seconde était la chambre froide appelée klète. Ces deux pièces communiquaient par un vestibule au- quel était adossé à l'extérieur un perron à colonnes nommé kriltso. Ce genre de construction se voit encore dans nos campagnes. Quand la chambre froide était bien éclairée, et surtout chauffée par un poêle à cheminée, elle prenait le nom de svetlitza ou svetiolka. Les palais des kniazes et leurs térems (étages supé- rieurs réservés pour les femmes), et les khoromi (ma ison s des boyards et riches particuliers), se distinguaient par leur grandeur, une propreté plus sévère, et par leur or- nementation; toutefois ils étaient rarement construits en pierre. Chaque maison était entourée soit d'un mur de clôture, soit d'une enceinte de pieux. La maison proprement dite était bâtie au milieu de la cour. Elle se divisait eu plu- sieurs pièces communiquant entre elles par des seni ou vestibules couverts. Les maisons des riches avaient un étage inférieur ap- pelé podklet, destiné au service ou aux magasins. Ces bâtiments étaient surmontés d'un térem. Dans la cour d'une habitation de boyard se trouvaient encore des bâtiments pour loger sa dvornia (ses domesti- ques), et diverses dépendances. Les riches propriétaires de l'époque faisant faire par leurs serfs tous les travaux nécessaires aux besoins de la vie, ces bâtiments avaient une importance assez considé- rable. c>:* Derrière la grande cour s'en trouvait une autre, desti- née aux équipages, à la basse-cour, à l'étable et à divers magasins. Enfin un jardin et un bain (milnia) devaient exister de rigueur dans toute maison bien tenue. L'ornementation intérieure et extérieure des maisons privées était peu riche et variait rarement. A l'intérieur, la place d'honneur était réservée aux images de la sainte vierge et des saints. Ces images (ikoni) étaient quelquefois recouvertes de plaques en ar- gent et renfermées dans des boîtes à battants (kiota). Elles garnissaient le coin situé à droite de la porte d'en- trée, et à l'angle du mur de face. Une lampe était sus- pendue devant ces images. Les murs étaient couverts de grossières gravures ap- pelées loubotschni, qui satisfaisaient pleinement le goût peu difficile de nos ancêtres. Ces peintures étaient souvent religieuses et représen- taient des sujets tels que le jugement dernier accom- pagné de tous les supplices de l'enfer, ou autres scènes de l'histoire sainte. Quelquefois les sujets de ces peintures étaient tirés des contes en vogue (skasoke), quelquefois même leur genre était satirique ou plaisant. Dans ce dernier cas, l'humeur du peuple s'y trouvait bien peinte dans ses formes naïves. Je citerai, parmi les plus remarquables de ces peintures, l'enterrement du chat par les souris (allusion à la bonté du peuple russe, qui après la mort de son ennemi, oublie tout sentiment de haine à son égard), les suites de l'ivrognerie, les deux fous qui se battent et le troisième qui les regarde. Ajou- Gi tons, pour caractériser la malicieuse naïveté de nos aïeux, que le troisième personnage n'est pas peint sur le tableau, et que c'est au spectateur à deviner où il se trouve. Nos ancêtres s'asseyaient sur des barbes- en bois ; les tables des repas étaient en chêne, et la vaisselle, très-or- dinaire, était en terre ou en bois. Les ciboires même des églises des campagnes étaient en étain ou en bois. Le luxe ne se rencontrait que dans les capitales, dans les habitations des kniazes ou dans les temples. Chaque maison avait, outre les petites fenêtres à coulisse nommées volokovimi, une grande fenêtre avec dormants percée au milieu de la façade, appelée kosiatchatime ou krasnime. Les poêles des cabanes et des maisons ordinaires étaient faits d'argile et posés sur des carrés de bois, à la manière russe, comme cela se pratique encore aujourd'hui (fig. 35). Mais dans les habitations des personnes riches, ils étaient recouverts de carreaux de tsenina à dessins variés, avec toutes sortes de moulures, d'astragales et de colonnettes. Il faut croire qu'à cette époque les vitres étaient en usage, car, en 1634, Moscou possédait déjà une verrerie. Les for- teresses construites en bois à cette époque sont les seules qui soient debout de nos jours. On voit à Yakoutsk les restes d'une forteresse (fig. 39) bâtie antérieurement à l'année 1663, probablement pour mettre les habitants du pays à l'abri des attaques des peuplades voisines. Il existe à Kola, dans le gouvernement d'Arkhangel, un vieux châ- teau de bois très-délabré, bâti en 1704, pendant la guerre avec les Suédois, et flanqué aux angles de quatre tours (fig. 40). Dès 1723 on commença à construire en pierre les murs 6b de fondation des maisons en charpente. Jusqu'au règne de Pierre lef Grand, les maisons seigneuriales (khoromi) en pierre et en charpente s'élevaient dans les cours; mais ce souverain ordonna, par un oukaze du 19 janvier 17 18, de construire les nouvelles maisons et de rebâtir les an- ciennes en une seule rangée le long de la rue, et de paver cette dernière aux frais des propriétaires des mai- sons. Il a été en même temps prescrit, en vue de la con- servation des forêts, d'employer pour la couverture des maisons des bardeaux et non des planches, comme cela avait lieu jusque-là ; des ouvriers spéciaux furent appe- lés dans ce but de Smolensk et de la Petite-Russie. Pierre mit en même temps en usage les cheminées et les poêles de Hollande posés sur des supports. Déjà en 1643 fut commencée la construction d'un pont de pierre sur la Moskwa; c'était le premier travail con- sidérable de ce genre : aussi le considérait -on à Moscou comme une espèce de merveille. Jusque-là on n'avait construit sur la Moskwa que des ponts provisoires ou flottants. En 1643, on fit venir de Strasbourg à Moscou, pour exécuter les travaux du pont de pierre, un maître constructeur nommé Jean Kristler et connu en Russie sous le nom d'Anzée Jacobson. Les travaux, interrompus en 1645, ne furent repris qu'en 1682. Le pont (fig. 41) commencé d'après le plan de Kristler fut achevé en 1687, par un moine dont le nom n'est pas parvenu jusqu'à nous. Ce pont a été plusieurs fois restauré pendant les cent soixante-dix ans qui se sont écoulés depuis sa construction; en 1812, on fut forcé de le reconstruire de fond en comble et de l'étayer de piles en grès de Tatarowo. Il exista en cet 5 <>6 état (fig. 42j jusqu'en 1857. Il a depuis été reconstruit avec des arcs en fer, ainsi que le représente la figure 43, sous la direction de notre ingénieur de si grand mérite le général Chouberski. En 1G33, un Anglais nommé Galloivay, horloger de profession, parvint, au moyen de travaux exécutés à l'endroit où se trouvait le pont flot- tant, remplacé plus tard par le pont de pierre, dont il a été parlé ci-dessus à conduire, l'eau de la Moskwa dans la tour de Sviblow et de là dans les cuisines du palais, sit- ni et kormovi. Le palais Romanoff, où naquit le tsar Michel Ferîo- rovitch, chef de la maison régnante actuelle, et très-pro- bablement son père le boyard et voïevodc Théodore Nikitisch, qui devint plus tard patriarche sous le nom de Philarète, est sans contredit, pour la Russie, le monument ancien le plus remarquable. Ce palais est bâti en pierre. Il a résisté pendant plu- sieurs siècles aux atteintes du temps. C'est le monument le plus antique d'architecture civile du Kitaï-Gorod, et le seul modèle des maisons de boyards. A part son in- térêt historique, il présente celui de faire connaître le genre de vie des grands personnages au seizième siècle et d'être un parfait spécimen des maisons des boyards à cette époque, d'autant plus que sa restauration a été faite avec tout le soin possible et que son ornementation est complètement dans le goût de l'époque. Le mobilier de cette maison, unique en son genre à Moscou, compose à lui seul un musée remarquable d'ob- jets des seizième et dix-septième siècles, étroitement liés à l'histoire de cette époque. Il nous montre la vie inté- rieure des boyards moscovites, leur ménage et l'ordre qui réglait leur vie de famille. 68 La maison Romanoff est bâtie sur le versant d'une col- line; elle a quatre étages du coté de la façade sud et sur la cour, et un étage seulement du côté de la façade qui donne sur la rue Varvarskaïa (fig. 48 et 49). L'étage inférieur, ainsi que les caves et les glacières (figure 49 A), a été bâti probablement au quinzième siècle, et en pierre de taille dite béloï-kamène (') et sans ti- rants en fer; les murs contiennent des excavations. A gauche de l'entrée il existe un large escalier en pierre qui servait à la descente des tonneaux de vin dit friagski, des tonneaux d'hydromel, de bière et de kvass, à la cave dite médoucha. Un second escalier conduit de la cuisine (prispechnaïa ou povarnia) dans la glacière, qui est à côté de la cave. Les matériaux employés et le mode de cons- truction attestent l'antiquité de cette partie de la maison. Les caves sont éclairées par deux fenêtres percées au- dessous des piédroits des voûtes en anse de panier. Le rez-de-chaussée ou podklète et l'étage du milieu (fig. 49 B et C) sont construits en briques dont plusieurs sont marquées aux armes du tsar Iwan Wassiliévitsch. Les murs, les voûtes, les portes, les fenêtres et les colonnes sont reliés avec des tirants en fer. (') Toutes les t'ois qu'il est question dans cet ouvrago du béloi-katnène, il faut entendre les pierres provenant des couches inférieures de la formation carbonifère. Cette pierre a été le plus souvent employée dans les constructions de Moscou. On la tire depuis longues années des en- virons de cette ville, et particulièrement de Miatschkovo, qui est situé sur la rive gauche de la Moscova et à 27 verstes en aval de cette ri- vière. Lorsqu'il est question de pierre de grès ou de meuie, il faut en- tendre le grès tiré aussi des rives de la Moscova, mais dans les villages de Tatarovo, Liîkino et autres. Ce grès, selon toutes probabilités, appar- tient aux couches des grès verts, qui sont les couches intérieures de ia formation crétacée. 69 Au-dessus du troisième étage s'élève le tcrem avec la vischka et la swetlitza (fig. 49 D). Cette partie de la construction est en charpente. Les murs de l'étage infé- rieur sont plus épais que ceux de l'étage du milieu, dont le socle est en pierres taillées à facettes. Le toit est h quatre pentes et en fer-blanc, et son arrête supérieure est surmontée d'une plaque en cuivre ciselée à jour. Les sail- lies de ce toit sont garnies de festons en même métal. Les cheminées, carreaux vernis (izrastsi) contribuent h la beauté originale du bâtiment. Du côté est, à F étage du milieu, il existe un balcon suspendu (gliadelnia). Au-dessus, et sur un écusson, sont les armes de la famille Romanoff; au-dessous, dans une niche et sur une pierre, est gravée l'inscription suivante : c Par ordre du pieux souverain l'Empereur de toutes < les Russies Alexandre Xikolaïévitch, en mémoire de ses € ancêtres orthodoxes, et en l'année bénie de son saint « couronnement, le 26 août 1856, a été commencée la res- f tauration de la maison des aïeux de la famille Roma- c noff, sise à Moscou, près du couvent de la Présentation « de la Sainte-Vierge. » « En cette maison naquit le tsar Michel Fédorovitch < chef de la famille régnante actuelle, et y fut élevé son « père le boyard et voïevode Théodore Nikitisch Roma- « noff, devenu plus tard patriarche de Moscou sous le nom c de Philarète. * « La restauration de ce monument a été terminée € en 1859. » Le toit du pavillon . côté ouest, est surmonté d'une girouette représentant un griffon ailé, qui dans une patte tient un glaive et dans l'autre un bouclier, c'est-à-dire 70 une arme offensive et une firme défensive qui sont mar- quées sur le blason de la famille Romanoff. Du côté de la Varvarskaïa, une porte d'entrée en fer conduit sur un palier couvert servant de vestibule. En sortant de ce vestibule et à gauche, un escalier principal conduit à l'étage du milieu ; un autre descend direc- tement à une grille en fer qui sépare le palais du couvent. A l'entrée du palais, sur l'escalier principal, est un lion en pierre, tenant un bouclier qui porte les armes de la famille Romanoff. Au bas de l'escalier est un autre lion au repos. L'étage du bas ou podklètc renferme, ainsi que le re- présente la figure (49 B), les communs, un garde-man- ger avec un petit réduit et la cuisine. Dans cette dernière pièce il y a un poêle russe, et dans le plafond du petit réduit est pratiquée une ouver- ture qui donne une communication avec l'étage supé- rieur. L'étage du milieu (figure 49 C) contient un vestibule avec chambre pour les servantes, une pour les enfants, une chapelle, un oratoire et un salon appelé boyarskaïa palata. La chapelle, krestovaïa palata (chambre de la croix), tirait ce nom de sa destination. Les chapelles de cette nature existaient non-seulement dans les maisons, mais encore dans les couvents. C'est là que les prêtres de paroisse, dits krestovic, célébraient les offices du grand carême ou krestii. C'est là qu'on chantait aussi les matines, les heures et les vêpres, et que le chef de la famille recevait les 71 prêtres venant le féliciter avec la croix, à Noël, à Pâ- ques et aux grandes fêtes. On chantait les Te Dmm, les absoutes, et toute la maison assistait à ces céré- monies. C'est \h enfin que se faisaient les festins dits zaoupo- koïnie ou ponikhidnii , en commémoration des alliés et parents décédés, les festins de noce, de naissance et de baptême. La voûte de cette chapelle est une voûte d'a- rête gothique, dans laquelle sont ménagées des niches (pazoukhi) ; elle est décorée d'ornements tirés des pa- tentes délivrées par le tsar Michel Fédorovitch. Deux fenêtres principales (krasnoï okna) sont prati- quées sur la rue, et une troisième, avec des carreaux en mica, donne sur la cour. Le plancher est un parquet en chêne semblable à ce- lui des autres pièces. Cette salle est chauffée par deux cheminées ménagées dans un poêle en briques de porce- laines coloriées, suivant la mode du dix-septième siècle. Dans l'angle saint dit perednie, à droite de la porte d'entrée, on voit des images saintes qui sont d'une épo- que très-reculée. Sur une étagère appelée postavetz ou gorka, montagne (ce meuble en avait la forme), sont posés les vases en argent et en vermeil qui ont appartenu à la famille. Cette vaisselle, qui passait de père en fils, était gardée dans les familles comme des reliques. On disposait ces vases, les jours de festin, au centre de la table, en forme de montagne. C'est pourquoi de pareils repas étaient nommés pire-goroïou, festins en montagne. 72 Il est à remarquer qu'à cette époque la vaisselle, outre l'usage auquel elle était destinée, avait aussi une signi- fication particulière. Les Tsars donnaient à leurs sujets, comme récompenses, des aiguières et des vases précieux pour leurs bons services dits (dorodstvo), pour avoir défendu avec zèle les intérêts de l'Etat, avoir soutenu des sièges ou rempli des ambassades. Ces présents ont été remplacés plus tard par des mé- dailles, des décorations, des bagues ou des tabatières. Ces aiguières avaient des inscriptions portant que, par ordre de tel Tsar, cette gosoudarskaïa milost (ce pré- sent) avait été donnée à telle personne. En général, sur ces objets étaient gravées les armes de la Russie. Dans la krestovaïa, le mur côté sud est percé de deux portes à un battant; l'une conduit dans l'oratoire, pièce avec voûte d'arête. Cette salle est éclairée par quatre fenê- tres percées au sud et h l'est. De ces fenêtres on voit le couvent de Novospaski, lieu de sépulture des ancêtres du tsar Michel Fédorovitch. Dans une armoire vitrée rem- plie d'images on remarque celle de Michel surnommé Moléine ; cette image date du temps où vivait le chef de la famille Romanoff, et c'est le 12 juin, qui est la fête de ce saint, que le tsar Michel Fédorovitch naquit et mourut. Suivant la tradition, c'est avec cette même image que le métropolitain Philarète a béni son fils et que de nos jours sa H. E. notre illustre métropolitain actuel Philarète a béni sa Majesté l'Empereur Alexandre II, le jour de la bénédiction de la maison Romanoff, après sa restau- ration. C'est dans cette pièce que les boyards fidèles aux usa- 73 ges commençaient et finissaient leurs journées par des prières. Dans les murs sont ménagés deux placards avec rayons en bois de chêne. Une porte basse donne entrée dans la boyarskaïa-komnata, qui est éclairée par quatre fenêtres, deux au sud et deux à l'ouest. On y a ménagé aussi dans les murs des placards destinés à cacher divers ob- jets précieux. Cette pièce est surtout remarquable par l'antiquité et la rareté des objets qu'elle contient et de divers acces- soires de la vie de famille des boyards russes. Le poêle qui chauffe cette salle est très-remarquable. Il est en tout semblable à celui qu'on trouve au cou- vent d'Ipatiew à Kostroma. Il donne une idée de l'ima- gination de celui qui a fait les briques, car chacune porte une image allégorique et une inscription différente dans le genre de rébus ou d'emblèmes : ainsi sur une brique on voit deux oiseaux se séparant avec cette ins- cription : « La fidélité nous unit. » Sur une autre, une tortue avec cet adage : « Il n'y a pas de meilleure mai- son que la sienne. i> On voit que l'on voulait faire aussi servir le poêle à l'enseignement. C'est pourquoi on fai- sait aussi quelquefois figurer sur les briques les fables d'Esope. Une porte donne dans la krestovaïa, d'où une autre porte percée dans le mur ouest conduit par un étroit escalier au grenier ou terem. Une seconde porte de la krestovaïa mène par un vestibule dans les chambres d'en- fants et de servantes. Chacune de ces chambres est pe- tite et a des voûtes à arêtes. Le poêle est fait avec des carreaux vernis et avec dessins. Dans la chambre 1k des servantes vivaient les filles de service et avec elles la nourrice (mamouchka). De cette chambre on montait par un escalier dérobé au grenier ou terem(') comprenant: 1° Les seni et vischka (tourelle); 2° Le terem proprement dit ou chambre à coucher; 3° La swetlitza, salon de réunion. Les murs et le plafond dans la vischka sont revêtus de planches en sapin disposées en biais ; ces plan- ches sont à rainures. Dans un coin est un banc avec moulures. La seconde moitié du grenier est occupée par l'opots- chivalnaïa (chambre à coucher). Les murs et le plafond de cette pièce sont couverts de boiseries en tilleul richement travaillées suivant les modèles anciens. Le long des murs sont placés des bancs recouverts de velours à dessins, sur fond de drap d'or. Les fenêtres sont voûtées et les carreaux encadrés de châssis en fer, comme cela se voit encore dans les constructions datant du dix-septième siècle. Un poêle sortant de la troisième pièce est construit en carreaux vernis avec dessins. Les murs de la swetlitza sont recouverts en tapisserie (') Le mot terem n'est pas un dérivatif de harem, mot arabe, ni de thourm, mot allemand duquel probablement est dérivé le mot russe turma (prison). Terem est un mot grec qui signifie étage supérieur ré- servé pour les femmes. Cette assertion est confirmée par un vieil adage qui dit : «» Les oiseaux dans une cage et les jeunes filles dans les le- rems. - La grande-duchesse Olga, revenue de Conslantinople, lit élever à Kiew un terem en pierre. Suivant les traditions et les anciennes chansons, les lerems étaient gouéralement richement décorés. 75 de cuir, genre de Cordoue, matière avec laquelle on avait, aussi l'habitude de garnir les fauteuils et les chaises. Dans le coin est est placé un petit rayon en bois ci- selé, qui servait à poser les images. Sept fenêtres de cette pièce sont pratiquées vers le sud de Moscou, d'où on découvre une vue magnifique sur les quartiers situés au delà de la Moscova et de la Yaouza. Toutes ces pièces du quatrième étage communiquent entre elles par des portes en chêne à un battant, par des vestibules et par des escaliers dérobés. Toute la distri- bution prouve que tous les besoins d'une existence mo- deste se trouvaient satisfaits dans les maisons des boyards, et qu'ils savaient se contenter de petites chambres, et jouir d'une vie tranquille et retirée dans le cercle res- treint de leur famille. Lors de la restauration de la maison Romanoff, les murs extérieurs sont restés intacts. Tout l'édifice forme un rectangle de 8 sagènes V3 de longueur sur la rue et de 5 sagènes de largeur. La hauteur est de 2 sagènes y2 du côté de la rue et de 4 sagènes V3 sur la cour. Les fenêtres sur la rue ont été établies plus larges que celles qui existaient auparavant et d'une forme rec- tangulaire. Les anciennes fenêtres sur le derrière du bâtiment ont été conservées. Elles sont étroites et voûtées. Des changements ont été apportés à l'intérieur, bien que plusieurs pièces n'aient pas été touchées et aient con- servé leur caractère primitif. Lors de la restauration on a découvert plusieurs por- tes et fenêtres, ainsi que quelques parties de voûtes qui ont permis de compléter dans le même style les parties 7 molic, mais S. H. E. l'archevêque Philarotc, aujourd'hui métropolitain de Moscou, insistant pour que ce pieux mo- nument fût conservé, eut gain de cause et obtint qu'il restât tel qu'il était, jusqu'au jour où la restauration fut ordonnée par Sa Majesté l'Empereur Alexandre IL Pour mieux faire connaître le système des anciennes constructions russes, nous avons pensé qu'il n'était pas superflu d'ajouter aux dessins de cet ouvrage la figure 51 qui représente la copie exacte des dessins gravés par Léon Bounine, et qui se trouvent dans le dictionnaire de Carion Istomine publié à Moscou en 1694. Sur ce dessin nous avons ajouté une observation faite par l'auteur lui-même et qui explique le motif qui l'a engagé à ajouter ces figures à son ouvrage. Quoique leur composition soit imaginaire, elle donne bien l'idée du caractère et du goût des constructions con- temporaines de cette publication. Dans le dessin de l'église on retrouve quelque chose du style mauresque ; dans celui du palata on voit au con- traire prédominer le style occidental. L'isbah et la gitnitsa donnent bien l'idée du système adopté pour les constructions en bois en Russie ; enfin les dessins du zabor et du tine offrent un modèle de deux différentes sortes de clôtures. XI L'architecture débute en Russie, au dix-huitième siècle, par une imitation servile du style hollandais, qui imprima son cachet non-seulement aux édifices civils, mais aussi aux constructions de caractère religieux. Quelques-unes des églises construites sous le règne de Pierre le Grand ont en plan la forme d'un octogone; d'autres sont circulaires ; toutes n'ont qu'un ou deux éta- ges et un dôme. Leurs voûtes sont en anse de panier; la couverture des toits et des dômes est en tuiles plates ou concaves, quelquefois en fer-blanc. Les fenêtres s'appuient sur le socle ; les trois absides en forme d'hé- micycles, qu'on voyait dans les anciennes églises, sont remplacées par une abside demi-circulaire ou à plusieurs faces. Comme spécimens de ce genre de constructions on peut citer l'église de Notre-Dame de Vladimir près de la porte Nikolsky, la cathédrale du couvent de l'Exalta- tion de la Croix, l'église de l'Archidiacre Evple et l'é- glise de Saint-Nicolas le Thaumaturge, à la Miasnitskaya ; l'église des Saints Pierre et Paul dans la nouvelle Bas- mannaya, de Saint- Jean le Guerrier aux Maly-Loujniki dans la Yâkimanka; de l'Ascension de Notre Seigneur, derrière les portes de Serpoukhow, etc. 6 82 Les tours de Soukharcw et de Menchikoff sont les pre- miers éditices construits à Moscou par le Tsar Pierre, dans le but d'immortaliser les noms d'un régiment fidèle et d'un compagnon d'armes favori. La tour de Soukharew (fig. 44) a été construite à l'épo- que où Pierre régnait conjointement avec son frère Jean. L'abolition de l'institution des strélitz était déjà irrévo- cablement arrêtée dans la pensée de Pierre, qui, ayant retrouvé vers ce temps dans le bourg d'Izmaïlowo une bar- que construite par son grand-père, mûrissait le projet de doter son pays d'une flotte. La tour de Soukharew devait simuler un vaisseau avec son mât; les galeries du second étage figuraient le gail- lard ; la partie orientale était la proue ; la partie occi- dentale, la poupe du navire. Commencée en 1692, la tour fut achevée en 1G95; son style est un mélange du lombard et du gothique. Il parait que la tour d'Augs- bourg ou celle d'Amsterdam ont servi de modèle à cette construction. La tour est bâtie en briques reliées par des barres de fer; le socle est en pierre calcaire; les orne- ments sont en partie de cette même pierre et en partie de briques équarries. Sur la chaine supérieure au-des- sous de l'escalier de la tour étaient appliqués des car- reaux de couleur sur lesquels on voyait des aigles à deux têtes surmontés de deux couronnes, — circonstance qui rappelle la construction au dix-septième siècle de la tour Héraldique, détruite depuis, et qui avait aussi des orne- ments en carreaux armoriés de différentes couleurs. Il est probable que la tour de Soukharew avait été bâtie sur un plan dressé par le Tsar lui-même ; mais on ignore le nom de L'architecte qui avait été chargé d'exécuter ce plan. 83 Les portes triomphales, imitées des Romains et incon- nues jusque-là à Moscou, y paraissent aussi sous le rè- gne de Pierre le Grand, avec leurs tableaux allégoriques, leurs portraits, leurs statues et leurs inscriptions. En fait de monuments d'architecture civile, cette épo- que de réforme générale a vu s'élever l'arsenal, l'hôtel de la monnaie, converti aujourd'hui en tribunal, le palais du sénat dans le faubourg Allemand, l'hôpital, le palais de Lefort, le palais Hollandais, la maison du prince Ga- garine sur la Tverskaya, qui portait l'empreinte du style italien, l'hôtel des archives du collège des affaires étran- gères, etc. Parmi les constructions de la première moitié du dix-huitième siècle on peut citer les palais de Lefort, de Golovine, de Menchikoff et le palais Préobrajensky dans le faubourg Séménovsky; les palais de Pierre et de l'Ar- tillerie et le palais Polevoy; les cours Granatny, Fou- rajny, Sitny, Sokolnitchi, Khamovny, etc. Tel a été Moscou à l'époque où un terrible incendie y éclatale29 mai 1737. (') Cet incendie, qui réduisit Mos- cou en cendres, se déclara d'abord dans la maison d'Alexan- dre Miloslavski au Lenivy Torjok, dans la paroisse de l'église de Saint-Jean le Précurseur. Lorsque après ce désastre Moscou commença à se relever de ses décom- bres, ses architectes adoptèrent les formes de construc- tion des églises occidentales. C'est dans ce fait qu'il faut chercher l'explication des imitations si nombreuses en Russie de la coupole et des colonnes de Saint-Pierre de Rome et en général des portiques et des portails des [*) La figure 52 représente le plan de Moscou gravé sur la première feuille d'une bible imprimée sous le règne d'Alexis Mikhailovitch en 1663. C'est le plus ancien plan de Moscou que nous connaissions. G* 84 temples grecs et romains. L'arrangement intérieur des églises russes subit aussi quelques changements par suite de ce fait. Il faut rapporter à cette même époque la construction des hautes flèches sur les églises et les clo- chers, et l'abandon définitif de l'ancienne division du sanctuaire en trois hémicycles; ces derniers cèdent par- tout la place à une abside. Dans cette restauration et reconstruction des églises, le style de l'ancienne architecture ne fut point épargné; les hautes et étroites fenêtres et les portes basses s'élargirent et changèrent d'ornements ; des portiques prirent la place des parvis couverts qui s'élevaient jadis contre le mur occidental. Cette transformation eut donc pour résultat non-seule- ment d'enlever aux anciens temples de Moscou leur sens historique et leur caractère propre, mais de détruire même les inscriptions qui couvraient leurs murs et les pierres tumulaires qui pavaient leur intérieur. Les plus remarquables constructions de l'époque à la- quelle nous sommes parvenus sont : la maison des Enfants trouvés, bâtie en 1764 avec les matériaux des murs et des tours démolis du Bély-gorod, sur l'emplacement des jar- dins Vasilievsky, du magasin des poudres et de la cour Granatny ; la maison du commandant en chef de la ville, sur la Tverskaya, et le palais de la Pretchistenka, appar- tenant aujourd'hui au prince Serge Galitzine. Le pont de pierre sur la Yaouza est construit des ma- tériaux de l'ancienne cour de la fonderie de canons. La porte Rouge a été élevée aux frais des négociants de Moscou, en 1742, à l'occasion du couronnement de l'Im- pératrice Elisabeth; elle avait la forme des anciennes portes de Rome et était ornée de figures allégoriques, 85 remplacées en partie lors de la restauration de 1850. Très de cette porte avait été construite en 1753 la cour dite Zapasny. L'église de Saint-André (fig. 45) à Kiew, bâtie sous le règne de l'Impératrice Elisabeth, en 1744, sur un plan du comte de Rastrelli, est une des plus remarquables églises de Russie, tant par la beauté de ses formes que par l'importance historique de son emplacement, voisin de l'endroit où saint André planta la croix dans les montagnes. L'église de Sainte-Catherine au couvent de femmes de l'Ascension (') (fig. 46 a), construite au commencement du dix-neuvième siècle, est un spécimen du style gothique occi- dental, qui, du reste, n'a pas reçu de développement ul- térieur à Moscou. On ne saurait même admettre que la maison du commandant (l'ancien palais Poteschny), à Mos- cou, ait été construite dans ce style. Nous avons dit plus haut que ce bâtiment, fondé au dix-septième siècle, a été plus d'une fois restauré dans le goût moderne; au com- mencement du dix-neuvième siècle, on y ajouta de chaque côté des ailes construites dans le goût gothique propre aux peuples occidentaux. La maison du Namiestnik au Kremlin, occupée actuel- lement par le sénat, et le palais Golovine, transformé en (') Le couvent de l'Ascension, important sous le rapport historique, avait existé déjà en 1387, ainsi que l'affirment les chroniques. Dévasté en 1389, pendant l'invasion de Tokhtamysh, il fut rebâti en 1393 par la grande-duchesse Eudoxie, épouse de Dmitri Donskoï. La construction de la cathédrale de l'Ascension, qui se trouve dans ce couvent, se rap- ^orte à celte même époque. La grande-duchesse Eudoxie fut la première enterrée dans ce couvent, qui fut pendant longtemps le lieu d'inhumation des Grandes-Duchesses et des Tsarines de Russie, qu'on enterrait, avant la restauration du couvent, à l'église du Saint-Sauveur dans la Forêt et dans quelques autres églises de Moscou. 86 premier corps de cadets, sont aussi des monuments re- marquables de l'architecture du temps de Catherine IL Nous y voyons la naissance de l'architecture civile de nos jours, qui ne tend plus qu'à rendre les bâtiments pro- pres au but de leur construction, sans trop se préoccu- per du luxe inutile et de l'ornementation superflue. En 1834 on éleva près de la porte de Tver, en com- mémoration de la guerre de 1812, un arc triomphal et on jeta les fondations du temple du Saint -Sauveur (fig. 43), dont l'exécution fut confiée à M. Constantin Thon, qui reproduisit dans ce temple l'ancien style russo-byzantin dans ses formes les plus élégantes. XII En parlant de l'église du Saint-Sauveur, nous ne pou- vons passer sous silence la première pensée qu'a eue l'Em- pereur Alexandre Ier de bâtir ce temple sur la montagne des Moineaux. Il nous est de même impossible de ne pas donner un souvenir à M. Vitberg, architecte, qui fut chargé de le construire. L'Empereur Alexandre attribuait à la Providence la victoire qu'il remporta sur Napoléon Ier, comme le prouve l'inscription qu'on lit sur la médaille commémorative de la victoire de 1812 : He Haan», He Haïux, a mienu TBoe&iy, (non pas, non pas à notre nom, mais au tien) ; c'est-à-dire qu'Alexandre Ier voulait attribuer uniquement à la vo- lonté du Dieu tout-puissant sa mémorable victoire. Le jour où le dernier soldat ennemi franchissait la frontière russe, Alexandre Ier, dans son .manifeste, faisait vœu d'élever h Moscou un temple magnifique au nom du saint Sauveur. On demanda de tous côtés des projets; tous les archi- tectes furent invités à y apporter leur concours. Vitberg, artiste alors dans la fleur de l'âge, venait de finir ses cours à l'Académie des arts, où ses talents en peinture lui avaient fait obtenir la médaille d'or, ss Appartenant à une famille suédoise, mais né en Russie, il avait reçu sa première éducation au corps des cadets des mines. Artiste plein d'enthousiasme, excentrique, imbu de mysticisme, il s'adonna tout entier, dès qu'il connut le manifeste, à la solution du problème qui y était proposé. Il vint à Moscou, étudia la ville et ses environs, et lors- que le jour du concours fut venu, on trouva parmi le nom- bre immense de projets envoyés d'Italie, d'Allemagne et par nos artistes russes, un chef-d'œuvre dont l'auteur n'avait encore aucun renom ; c'était celui de Vitberg. Le projet colossal de ce jeune artiste, projet pénétré d'une poésie religieuse, frappa l'Empereur. Il s'arrêta de- vant cette œuvre et demanda le nom de l'auteur. Ensuite il voulut voir Vitberg et causa longtemps avec lui. L'ar- tiste subjugua l'Empereur par son langage hardi et animé, par son inspiration, par le coloris mystique des croyances dont il était pénétré et auxquelles Alexandre Ier rendait jus- tice; aussi le Monarque ému lui dit : «Vous faites parler les pierres. » Le même jour le projet fut approuvé, et Vitberg fut chargé de construire le temple et nommé en même temps directeur de la commission de construction. De toutes les pièces composant ce projet nous n'avons réussi à nous procurer que l'élévation du temple (fig. 47). Où sont les autres dessins de ce superbe projet? que sont-ils devenus? sont-ils perdus à jamais? Nous l'ignorons. S'ils ne doivent pas être un jour publiés, cette perte sera irréparable, en raison de l'originalité de l'idée qui a présidé à leur composition. Il est très-vrai qu'il n'y a pas d'art plus étroitement lié au mysticisme que l'architecture; cet art tout abstrait, 89 tout géométrique, impassible, ne vit que de symboles, que de figures, que d'allusions ; la combinaison géométrique des Lignes droites est leur rliytbme; les rapports qui exis- tent entre leur nombre présentent quelque chose de mys- térieux et en môme temps d'incomplet. Un bâtiment quelconque, un temple, par exemple, ne renferme pas en lui-même un but comme une statue ou un tableau, comme un poème ou une symphonie; un bâ- timent attend l'être qui doit l'habiter; c'est un espace circonscrit, prédestiné. Il doit être fait de manière à ré- pondre en tout au caractère et à l'essence de l'être qui doit l'habiter. Dans un temple, son enceinte, ses voûtes, ses colonnes, son portail, sa façade, sa coupole, doivent porter l'empreinte de la Divinité, à laquelle il est destiné. Ainsi les temples d'Egypte sont des livres divins; les obélisques ne sont autre chose que des pages d'histoire réelle que les siècles reculés nous ont léguées. Le temple de Salomon n'est qu'une Bible élevée en pierre, de même que la cathédrale de Saint-Pierre sem- ble être une issue ouverte aux champs plus vastes du catholicisme. Voilà pourquoi la construction des temples à toutes les époques était accompagnée de cérémonies mystiques, d'allégories, de consécrations mystérieuses ; de sorte que les constructeurs du moyen âge croyaient appartenir à un sacerdoce à part, et formaient entre eux des compa- gnies de maçons. Il faut avoir la foi et être placé dans des circonstan- ces exceptionnelles pour pouvoir créer une œuvre divine. Aussi bien les circonstances dans lesquelles se trouvait 90 Vitberg lorsqu'il composa son projet, son caractère et la disposition d'esprit dans laquelle se trouvait l'Empe- reur Alexandre, étaient tout exceptionnels. La guerre de 1812 ébranla fortement les esprits en Russie; longtemps après la délivrance de Moscou, les idées et une irritation nerveuse ne pouvaient se calmer. Vitberg subit plus que tout autre l'impression des évé- nements. Près de Moscou, entre les deux grandes routes de Mo- jaïsk et de Kalouga, il existe une hauteur qui domine la ville; c'est la montagne des Moineaux. La ville s'étend au pied, et la vue qu'on découvre de ce point élevé est singulièrement pittoresque. Napoléon, en 1812, contourna cette montagne avec toute son armée; c'est là que sa force s'est brisée, c'est à par- tir du pied de cette hauteur que commença sa retraite. Pouvait-on trouver un meilleur emplacement pour un temple commémoratif de 1812, que le point extrême au- quel atteignit l'ennemi? Cela n'était pas assez. D'après l'idée de Vitberg, la montagne elle-même devait former la partie inférieure du temple; le champ qui s'étend au pied devait être en- touré d'une colonnade, et c'est sur cette base, dont les trois côtés sont créés par la nature elle-même, que de- vaient s'asseoir le second et le troisième temple, pour former un tout d'un merveilleux ensemble. Le temple inférieur, creusé dans la montagne, avait une forme rectangulaire ou plutôt celle d'un cercueil; sa façade consistait en un portail supporté par des co- lonnes d'un style presque égyptien, et le monument se 91 perdait dans les entrailles de la montagne, au sein d'une nature sauvage et inculte. Ce temple était éclairé par des lampes portées par de grands candélabres de style étrusque; le jour y arrivait faiblement, et venait du second temple en traversant une image transparente de la Nativité. Dans cette crypte devaient reposer tous les héros morts sur les champs de bataille de 1812; un service funèbre incessant devait être dit pour le repos des âmes de ces guerriers dont les noms, sans considération des rangs, de- vaient être gravés sur les parois des murs. Au-dessus de ce tombeau s'élevait, en croix grecque dont les branches étaient égales, le second temple, repré- sentant l'idée de la vie, de la peine et des douleurs. La colonnade qui y donnait accès était ornée des statues des personnages de l'Ancien Testament. A l'entrée se trouvaient les statues des prophètes, qui n'étaient pas dans le temple même; ils semblaient indi- quer la route que devaient suivre les fidèles. Dans l'in- térieur du temple était réunie toute l'histoire évangélique et relatés entièrement les Actes des apôtres. Au-dessus de ce monument, et pour le couronner, s'éle- vait un troisième temple en forme de rotonde. Cette par- tie, fortement éclairée, était le temple de l'Esprit et de l'Eternité; cette dernière idée était rendue par la forme circulaire du temple ; là point d'images, point de tableaux ; seulement, à l'extérieur, des archanges entouraient le monument surmonté d'une coupole colossale. Telle était la principale idée de Vitberg ; cette idée avait été étudiée par lui dans ses moindres détails, et toujours, 92 en la développant, il est resté fidèle à la théodicée du christianisme et aux règles de l'architecture. Ce projet était immense et ne pouvait être conçu que par un homme de génie; c'est pour cela qu'Alexandre Ier l'a adopté, et c'est pour cela qu'il devait être exécuté; mais on prétendit que la montagne ne pourrait supporter le poids de ce temple, et pour ce motif ou pour un au- tre, le projet n'a pas été exécuté. Vitberg était un homme doué d'une énergie remar- quable. Pendant tout le cours de sa vie il travailla à son projet, il y donnait tous les jours une grande partie de son temps. Cette œuvre était sa vie ; elle renfermait tous ses souvenirs, toutes ses consolations, toute sa gloire. Il ne voulut jamais se persuader que son projet ne serait pas exécuté. Il est possible qu'un jour un autre artiste secouera la poussière qui recouvre les pages de ce projet et pu- bliera, avec un sentiment de respect, cette œuvre d'un architecte dont la vie fut si belle et éclairée par le feu sacré du génie. Parmi les systèmes artificiels de navigation, il en fut projeté un qui avait pour but de réunir le Volga et la Moskwa à leurs sources. Ce système s'étendait aux riviè- res Doubna, Sestra, grande Istra et Moskwa. La grande Istra et la Sestra sont réunies à leurs sources par un canal qui constitue un point de partage pour le système entier. Ce canal de jonction coupe la chaussée de Péters- 93 bourg et le chemin de fer Nicolas à 00 verstos de Moscou. Près de cet endroit se trouve un réservoir na- turel formé par le lac Goutschino ou Sénége, et qui était destiné à assurer la navigation sur le canal du point de partage et sur les canaux de dérivation de la grande Istra et de la Sestra. Ce projet avait primitivement pour but : 1° D'abréger la communication par eau entre Pétersbourg et Moscou d'environ 1,000 verstes; 2° De remplacer le transport par terre des marchandises aux ports du Volga, par un transport par eau ; 3° De faciliter le transport des bois provenant des gou- vernements garnis de forêts et voisins de Moscou, ainsi que le transport des autres produits bruts d'un fort poids. L'idée de construire le temple du Saint-Sauveur à la montagne des Moineaux eut une influence immédiate sur les travaux destinés à établir ce système , car pour la construction du temple on se proposait d'employer le granit de Finlande, lequel devait être amené à pied d' œuvre par le canal de Tikhvine et par le système dont nous venons de parler. En examinant le système pour la jonction des rivières Moskwa et Volga à leur source, sous le point de vue d'une communication devant servir pour amener les ma- tériaux destinés à la construction du temple, on voit de suite combien le sort de ce système était étroitement lié à celui de la construction du monument. Inspirés par la volonté d'un monarque béni, de cons- truire un monument superbe sur la montagne des Moi- neaux, en mémoire de la délivrance miraculeuse de la Russie de ses ennemis de 1812, tous concouraient pour réaliser cette pensée dans les dimensions les plus colos- sales. Le général Miloradovitsch conseillait à Vitberg de faire les fortes colonnes du temple inférieur en monolithes de granit. A cela on lui objecta que le transport de ces pierres de Finlande coûterait très-cher. — C'est une rai- son de les faire venir, répondit Miloradovitsch; car si la carrière était sur la rive de la Moskwa, il n'y aurait rien de difficile à asseoir là les pierres. C'est ainsi que pensaient les personnes qui entouraient le célèbre monarque. Mais dès qu'on eut abandonné la pensée de construire le temple à la montagne des Moi- neaux, on changea aussi d'idées sur les avantages de la réunion des rivières Moskwa et Volga à leur source, et la construction de ce système a été ralentie d'abord puis totalement abandonnée à la suite de l'établissement du chemin de fer Nicolas. XIII Depuis 1812, les fossés qui entouraient les murs du Kremlin ont été comblés, et à leur place nous voyons de verts jardins et des boulevards. A la barrière de Twer on a construit, en commémora- tion de la guerre de 1812, un arc de triomphe qui a été terminé en 1834. Durant ces trente dernières années, on a construit sur la Moscowa un nouveau pont dit Moskvoretzky, et sur le canal d'enceinte les ponts Vissoko-Piatnitzky et Kosmo- Demiansky. Le premier de ces ouvrages est établi suivant un sys- tème de voûtes en bois reposant sur des culées et piles construites en grès très-dur connu sous le nom de grès de Tatarovo; le second est bâti suivant un système de pont suspendu à un arc en fonte, et d'une seule travée; enfin le pont de Kosmo-Demiansky est composé d'arches d'une faible portée, et est entièrement bâti en pierre, avec un revêtement en grès de Tatarovo. A la même époque, c'est-à-dire vers 1830, entre le pont de pierre et le pont Moskvoretzky, on a construit avec 96 ce même grès de Tatarovo les quais de la rivière, dont on a depuis, à plusieurs reprises, étendu la longueur. Nous ne ferons pas la description du nouveau palais du Kremlin (Fig. 42a). Il viendra une époque où ce mo- nument aura sa page dans l'histoire de l'architecture en Russie. Nous croyons devoir faire observer seulement que c'est à tort que l'on pense que, pour construire ce palais, on a démoli des monuments précieux; tout au contraire, plusieurs de ces monuments ont été retrouvés et restaurés dans leur véritable style. Nous allons terminer cet aperçu sur la ville de Mos- cou en disant quelques mots sur les conduites d'eau de cette ville, dont l'histoire offre de l'intérêt, et qui au- jourd'hui fonctionnent avec un succès complet. Le général lieutenant van Bauer a établi les premiè- res conduites destinées à alimenter Moscou avec une eau salubre, et ces travaux, commencés en 1779, ont été ter- minés en 1805. M. van Baiïer a choisi des sources d'une eau excel- lente, qui se trouvent à 20 verstes de Moscou, sur le chemin du couvent de Troïtsa, derrière le bourg Bolchie- Mitischi; elles sont au nombre de 45, se trouvent dans une vallée, et sont voisines de celles de la rivière Yaouza. Ces sources occupent un espace de 800 sag. carr., et sont toutes au même niveau, élevé à 102 pieds et demi au dessus de celui de la Moscova en ville. La quantité d'eau fournie par ces sources ne varie pendant aucune saison de l'année, et des observations très- exactes ont démontré que cette quantité était de 2 pieds cubiques par seconde. Il a été observé également que la couche d'eau qui ali- 97 mente ces sources est située à une profondeur moyenne variant de 17 à 30 pieds. Elle est formée du gravier que l'on rencontre dans la couche des grès argileux, ap- partenant probablement à la partie inférieure des terrains carbonifères; elle est recouverte d'une couche compacte de glaise diluviale se trouvant elle-même sous un banc de tourbe de deux pieds d'épaisseur. Les principales sources de Mitischi ont été renfermées par M. van Baiïer entre des murs en briques, et au moyen de petits canaux souterrains elles ont été amenées dans un réservoir unique. De là une galerie en briques de 3 pieds de largeur et de 4 pieds et demi de hauteur, servant de conduite prin- cipale, amenait les eaux dans la capitale. On a construit, pour franchir les rivières et les bas- fonds, des siphons et des ponts aqueducs. Le plus remar- quable de ces derniers ouvrages est celui qui traverse la vallée de la Yaouza près du village Rastokino; sa lon- gueur est de 350 sag.; ses piles sont construites en pierre calcaire de Miatschkovo et les socles en pierre de Tata- rovo. Cette même pierre a été employée pour le revête- ment des piles et des arêtes des voûtes, qui elles-mêmes, ainsi que les murs de l'aqueduc, sont bâties en briques hourdées en ciment. L'eau de Mitischi amenée ainsi dans la capitale était répartie dans des puits à pompes, des fontaines et des réservoirs en briques, avec revêtement en grès. Ces cons- tructions avaient la forme de pavillons ou de bassins dé- couverts. La longueur des conduites construites sous le règne de l'Impératrice Catherine II, depuis les sources de Mitischi 98 jusqu'au bassin de la Trouba, était de 20 verstes et demi, avec une chute de 20 pieds et demi. De la Trouba on a amené les eaux au pont des Maréchaux par une conduite en fonte de 230 sagènes de longueur. Quarante années après l'achèvement de ces travaux, l'eau commença à diminuer sensiblement dans les conduites. Cette diminution eut pour cause les crevasses qui s'ouvrirent dans le radier et les parois des galeries. Ces dégradations s'étant produites dans les parties de la galerie en briques les plus enfoncées au-dessous du sol, notamment près des forêts de Preobragensky et de Sokol- niki, et près de la tour de Soukhareff, ont nécessité des réparations et des reconstructions. On reconnut, à la suite d'une étude sérieuse, que la partie de la conduite entre les sources de Mitischi et la forêt de Sokolniki, sur une longueur de 15 verstes, pou- vait être facilement réparée, attendu qu'elle n'avait pas subi de fortes dégradations; mais qu'au contraire la re- construction de la galerie à partir de ce dernier point serait trop coûteuse, parce que cette galerie se trouvait à une trop grande profondeur et noyée dans une couche de sable fortement délayée par l'eau des sources. On a trouvé plus avantageux d'interrompre l'ancienne conduite par un bassin près de la forêt de Sokolniki, point jusqu' auquel les eaux des sources arrivaient en quan- tité totale de deux cent mille védros sans déperdition. De ce bassin on fit monter l'eau dans un réservoir éta- bli au deuxième étage de la tour Soukhareff. L'ascension de toute la quantité d'eau fut effectuée au moyen de machi- nes à vapeur et par des tuyaux en fonte. Du réservoir de Soukhareff on conduisit l'eau par des 99 conduites en fonte aux cinq fontaines construites sur les places Cheremetiewskaïa, Nikolskaïa, Thèatralnaïa, Vos- kressenskaïa et Varvarskaïa. Cette reconstruction des con- duites, projetée en 1832, fut presque complètement exé- cutée par le général major Janish. Plus tard on amena l'eau arrivant la nuit et non dé- pensée, entre les lignes des boutiques du Kitaïgorod, pour servir en cas d'incendie, à la petite fontaine dans le Za- riadie, à la maison des Enfants trouvés, à la prison pour dettes, aux théâtres, et en dernier lieu aux bains de la ville. Ces travaux ont été exécutés par le général major Maximoff 1er, en 1840. De plus, on construisit sur la conduite un puits dans la rue Metschanskaïa, un autre dans la rue Stretenka, tous deux devant servir en cas d'incendie; enfin une fontaine dans la rue Metsclianskaïa, pour les besoins des habitants. Les deux cent mille védros fournis par les sources de Mitischi ne pouvant suffire aux besoins de la ville, Sa Majesté l'Empereur Nicolas Ier décida que toute la quan- tité d'eau fournie par les sources de Mitischi, qui est de trois cent cinquante mille védros en vingt-quatre heures, serait amenée en ville et répartie par la Sadovaïa dans des fontaines, aux places Samoteskaïa, Ougolnaïa, Trium- phalnaïa, Koudrinskaïa et Sennaïa, près du marché Smo- lensky. Sa Majesté décida également qu'il serait établi une prise d'eau dans la Moskova; que cette eau, purifiée à l'aide de filtres, serait répartie dans des fontaines pour alimenter les places de la partie de la ville située au delà de la rivière, à la place Arbatskaïa, à la place Tverskaïa, ainsi que dans les quartiers situés au delà de 100 la Yaouza. Enfin, que l'eau des sources Kalantschewsky et Sokolniki serait amenée à la place Bogoïavlenski, et de là au corps des cadets, à l'hôpital militaire et aux casernes des carabiniers. jOL07( Le colonel baron A.-J. Delvig, actuellement général- major, a été chargé de l'exécution de cet ordre suprême. Aujourd'hui, tous ces travaux ont été exécutés par lui avec un entier succès, et nous voyons l'alimentation des eaux à Moscou suffire à tous les besoins privés et publics. Cette ville est, pour ainsi dire, le centre de la Russie d'Europe; elle est le point de départ de quatre chemins de fer, ceux de Nicolas, de Nijni-Novgorod, de Troïtsa- Serguievskaïa et de Kolomna. On poursuit cette année la construction du chemin de fer de Kolomna jusqu'à Riazan, et certainement, avant peu, on construira la ligne du Sud. Moscou deviendra alors le centre principal du développement du commerce et de l'industrie en Russie. Pour ne pas sortir des limites que nous nous sommes tracées, nous terminons ici cet ouvrage. Le lecteur ne trouvera pas, parmi les descriptions que nous avons faites, celles des monuments de Saint-Péters- bourg. De l'époque de la fondation de cette ville date une nouvelle ère de l'architecture en Russie, et nous lais- sons à un autre auteur le soin de décrire les monuments de notre nouvelle capitale, qui offrent de très-beaux échan- tillons des styles des écoles modernes. APERÇU BUR LE CLIMAT, LES MŒURS ET LE DEVELOPPEMENT DE LA CIVILISATION EN RUSSIE. L'Europe occidentale est traversée par des chaînes de hautes montagnes et sillonnée de vallées ; son climat est tempéré par le voisinage de la mer. L'Europe orientale, entièrement occupée par la Russie, est une plaine uniforme. La température moyenne de son climat est basse et éprouve une forte variation de l'été à l'hiver. Cette vaste plaine orientale est baignée par quatre mers : la mer Noire, la mer Caspienne, la mer Blanche et la Baltique. Elle est séparée à l'est de la Russie d'Asie par les monts Ourals (monts d'Ougre ou Ryphei), et de l'Asie au sud par le Caucase ; au sud-ouest elle est bornée par les monts Kar- pathes. Au milieu de cette plaine existent des mamelons élevés, nommés plateaux de Valdaï ou monts d'Alan, où prennent leurs sources les fleuves et leurs nombreux af- fluents qui vont se jeter clans les mers que nous venons de citer. Les plus puissants de ces fleuves sont le Volga, le Dnieper et la Dvina occidentale. La partie sud-est de la Russie, peu montagneuse, mais abondamment arrosée, est un steppe long dont le sol est 102 une terre noire (*). Ce steppe est couvert de riches pâ- turages et a été habité pendant des siècles par des tri- bus sauvages menant une vie errante, appartenant princi- palement aux tribus d'Altaï, et venues de l'Asie centrale par les rivages de la mer Caspienne. Ces tribus sauvages, connues des colons grecs sous les noms de Scythes ou de Sarmathes, habitaient les côtes nord de la mer d'Azow et de la mer Noire. Après la naissance du Christ et la retraite des Goths, ces mêmes contrées ont été habitées par les Huns, les Bulgares, les Avares, les Khosares ; plus tard, au dixième siècle, par les Petché- niègues; au onzième siècle, par les Polovtzis ; enfin, au trei- zième siècle, par les Tartares. Le sol de la partie nord -ouest de la Russie est, sur presque toute son étendue, formé d'un mélange de glaise et de sable. Il est couvert de forêts, de marécages, et quel- quefois de lacs. La partie nord a été peuplée pendant des siècles par une tribu pauvre adonnée à la chasse et connue sous le nom de Tchoudes ou Finnois, lesquels avaient été refoulés du sud par les Slaves. Ces derniers avaient pour voisins et alliés, dans les pays du Niémen et de la Dvina occiden- tale, les Léthoniens, qui se distinguaient par une organi- sation sacerdotale toute particulière. Les Slaves orientaux, peuple spécialement agricole comme ceux de l'occident leurs frères, vinrent des rives du Da- nube et s'étendirent du sud au nord, en remontant le Dnieper jusqu'à sa source, et en traversant les contrées nommées actuellement Petite -Russie et Russie -Blanche. (*) Le pays de terre noire occupe une surface de 87,000,000 déciati- nes ou 95,000,000 hectares. io:* Tins tard, ils s'étendirent autour des lacs du pays appelé aujourd'hui Novgorod ; et enfin, aux onzième, douzième et treizième siècles, ils peuplèrent les rives de l'Oka et du Volga. Aux quinzième et dix-septième siècles ils remontèrent vers le nord en traversant les monts Ourals, et s'instal- lèrent en Sibérie. Comme en Europe, ils émigraient en remontant toujours le cours des fleuves. A la fin du douzième siècle et au commencement du treizième, des colons allemands (metschenostzis, porteurs de glaives) vinrent occuper le littoral de la Baltique, tan- dis que les Slaves occupaient les parties élevées des qua- tre bassins de la plaine orientale. Sur les limites des steppes et des forêts, limites qui sé- paraient les peuples nomades et bergers d'Altaï des Sla- ves agriculteurs, et sur les confins de l'Asie et de l'Eu- rope, se formèrent plus tard des colonies militaires pour défendre les contrées agricoles contre les invasions des tri- bus nomades, et particulièrement des Tartares. Au quin- zième siècle, ces colonies militaires se firent connaître sous le nom de cosaques, lesquels formèrent plus tard en Rus- sie plusieurs Oukraines (de la Petite-Russie, du Don, de l'Oural, de la Sibérie et en dernier lieu du Caucase). A cette époque on commence déjà à distinguer le ca- ractère commercial des quatre bassins. Dans la partie sud du bassin de la mer Noire, les Turcs apportent l'élève du bétail, et au nord les Slaves russes introduisent l'agriculture. Au sud de la mer Caspienne commence aussi l'élève du bétail. Dans la partie haute de cette même contrée, l'agriculture se propage ainsi que l'in- dustrie de divers métiers, qui se développe d'une manière toute particulière dans la période historique qui suit cette époque. Le bassin de la mer Blanche, habité surtout par les Fin- nois, est couvert de forêts traversées par des lacs et des ravins très-favorables pour la chasse : aussi les habitants se livrent-ils à cet exercice. Le bassin de la Baltique, à côté d'une industrie primi- tive, de l'agriculture et d'une industrie de métiers, s'en- richit par un commerce immense et actif. Les pays commerciaux de Polotzk et de Smolensk, sé- parés du littoral de la Baltique par les chevaliers lithua- niens, furent privés de la possibilité d'atteindre au déve- loppement industriel et au bien-être politique dont fu- rent favorisées les contrées de Novgorod et de Pskow, qui avaient des relations continuelles, par les eaux de la Bal- tique, avec l'occident de l'Europe. Les autres fiefs gouvernés par les assemblées nationa- les (vetscha), et situés dans la partie supérieure des deux bassins du sud, n'atteignirent pas non plus au développe- ment industriel et politique dont jouissait Novgorod. Les contrées telles que Kiew, la Volhyno-Galitzkaïa, Tcherni- gowsko-Severskaïa (du nord), Mouromo - Riasanskaïa et Souzdalskaïa, étant séparées des mers du sud par des hor- des nomades, n'ont pu profiter des bienfaits qui ont rendu si florissant l'état des cités constitutionnelles (vetscheviés goroda) du littoral de la Baltique. Nous allons essayer de donner un aperçu des traits caractéristiques de l'organisation de la société en Rus- sie aux époques dont nous parlons, organisation qu'il ne faut pas attribuer aux populations de Pskow et de Nov- gorod. 105 La population, bien que faible, se groupait dans les villes, faubourgs et bourgades. Les agriculteurs se groupant dans les campagnes et les industriels dans les villes, qui n'é- taient auparavant que des places fortes, faisaient prospé- rer l'industrie (*). Vers la moitié du neuvième siècle, les peuples bergers tels que les Turcs, les Finnois et les Léthoniens, ainsi que les Slaves, peuple agricole, menaient une vie patriarcale tout en étant idolâtres. Les tribus slaves de l'orient non nomades, telles que les Khorvates-Blancs, les Loutitschis, les Tivertzis, les Po- lianés, les Drevlianés, les Dragovitschis, les Sévérianés, les Radimitschis, les Viatitschis, les Poletchanés, les Kri- vitchis et les Slaves de Novgorod, habitaient les forêts vierges ou sur les rives des lacs et des fleuves; ils se groupaient dans des bourgades ou villes seulement entou- rées d'enceintes, telles que Kiew, Lubetcli, Polotzk, Smo- lensk, Isborsk, Ladoga, Novgorod et autres. Chaque chef (starchina) demeurait au milieu de sa tribu et la gouvernait. A l'origine, tous les biens immeubles appartenaient en commun à la tribu, puis furent divisés entre les familles. (') La Baltique étant le chemin le plus court entre l'Europe occiden- tale et la Russie, avait pour cette contrée une grande importance. La mer Noire ne sert à la Russie que de débouché pour les produits du sud ; seulement la navigation y est plus facile que dans la Baltique. La mer Caspienne offre peu d'avantages au commerce, tant à cause de la nature du pays que des mœurs des peuples avec lesquels la Russie entretient des relations commerciales. L'océan Glacial n'a aucune importance commerciale, bien qu'il bai- gne non-seulement le littoral de la Russie d'Europe, mais encore ceux de l'Asie et de l'Amérique. 10G Les starchinis se réunissaient dans les vetchis (assem- blées) des villes et des bourgades, et y discutaient de la chose publique. Les chefs des communes et des tribus por- taient le titre de kniazes (princes). La famille ainsi que les tribus étaient sauvegardées par les vengeances que ne manquaient jamais de se transmet- tre de père en fils ceux qui avaient été lésés. La polygamie existait chez les peuples orientaux en même temps que l'enlèvement des fiancées (oumitschka). Le payement d'une indemnité (vena) pour de pareils rapts était dans leurs coutumes. Ils brûlaient ou enterraient les morts et donnaient des festins en leur commémoration. Comme on l'a dit, ils étaient idolâtres ; ils adoraient les dieux blancs (divinités de lumière, divinités bonnes), tels que Svarog, le dieu de la pluie, le soleil, la lune, Peroun, Khors, Sem, Regl, Mokochi, les oupirs, les naïa- des, Tchourou ou Rodh (esprit familier des maisons), les Rajenitzis et autres. Ils adoraient en même temps les divinités noires (dieux de l'enfer, divinités du mal). Ils croyaient à l'immortalité de l'âme. Les anciens des tribus faisaient des holocaustes dans l'intérieur des maisons ; ils égorgeaient des coqs, bri- saient des pains, et célébraient des fêtes en l'honneur du soleil et autres divinités. Ils avaient des jours de réjouissances, tels que la Mas- slianitsa (carnaval), le Semik (fête du printemps), Kou- palo (à l'époque de la Saint-Jean), et Koliada (à l'époque de Noël). Ils plaçaient leurs idoles sur des hauteurs qu'ils appelaient kapischis. Ils n'avaient pas de rites publics, car les cérémonies re- ligieuses ne se faisaient qu'en particulier. Cette circons- 107 tance a été très-favorable h l'introduction du christianisme qui comporte un rite public, mais a été cause, d'autre part, que plusieurs croyances anciennes se sont conservées très- longtemps au sein des familles. Les mœurs des Slaves de l'Orient étaient douces et pa- cifiques; ils ne s'en défendaient pas moins avec courage pendant la guerre, en même temps qu'ils se montraient hospitaliers et avaient, comme les Celtes, un grand respect pour les femmes. Vers la moitié du neuvième siècle, ils étaient constam- ment divisés par des guerres intestines et ne pouvaient se constituer en forte puissance. Peu à peu ils tombèrent sous la domination étrangère: ainsi les Slaves du Dnieper devinrent tributaires des Kho- sares, tandis que les peuples du Nord tombèrent sous la do- mination des Variagues. Après l'expulsion de ces derniers, des querelles intestines éclatèrent parmi les Slaves, et tout vestige d'ordre ayant disparu, ils appelèrent, ainsi que le prouve notre chroniqueur Nestor, les princes variagues russes, Rurik, Sinéous et Trouvor, pour venir occuper leur pays avec leurs vassaux. Les princes variagues répondi- rent à cet appel et occupèrent les pays des Slaves en l'an 6370 (8 G 2 de l'ère chrétienne) ; c'est cette époque qui est considérée comme le commencement de la Russie. Jusqu'au jour où commença l'invasion des Tartares, les deux modes de la vie sociale , c'est-à-dire la vie no- made et la vie sédentaire, existaient à peu près également chez les peuples qui habitaient l'orient de l'Europe. En- suite la vie nomade domina quelque temps; mais après l'expulsion des Tartares, la vie sédentaire devint aussi commune que la vie nomade, pour gagner toujours du ter- 108 rain, grâce à la civilisation européenne, jusqu'à ce qu'elle ait été remplacée par l'état fixe de la vie sédentaire. Pendant la guerre des Russes avec les barbares de l'Asie, sur les confins de la prairie et des steppes apparut au premier rang un nouveau guerrier, le cosaque ; les Ou- kraines (pays habités par les cosaques) servaient toujours à l'Europe de rempart contre les invasions des peuples de l'Asie. Voici quels étaient les produits principaux de la Rus- sie à cette époque : les grains de toute espèce, le miel, la cire, les produits de la pêche et de la chasse, les ri- ches fourrures apportées surtout de Sibérie et des provin- ces Petcherskaïa et Permskaïa. Toutes ces richesses ex- ploitées en produits bruts pouvaient à peine suffire aux premiers besoins du peuple. Moscou était le centre du commerce en Russie. C'est de là qu'il s'étendait de tous côtés, et plus particulière- ment par le Volga, en Léthonie, vers Novgorod et vers la mer Blanche. L'industrie des fabriques et des usines ne jouissait que d'un bien faible développement en Russie à cette époque : ainsi les fabriques de fer n'ont été fondées près de Toula, par Vinius, marchand hollandais, que lors du règne de Michel Fédorovitch, c'est-à-dire dans la première moitié du dix-septième siècle. La vie privée était simple et toute patriarcale. Les vê- tements étaient simples aussi ; le costume actuel du peu- ple rappelle le costume des anciens Russes. Les princes et les boyards suivaient en grande partie les modes étran- gères, particulièrement celles des Grecs. Le père était le chef de la famille, et les hommes 109 avaient autorité sur les femmes ; les aînés commandaient aux cadets; les femmes étaient dévotes; elles ne se mê- laient pas d'affaires sociales : toute leur attention était por- tée sur les soins qu'exigeait la famille et le foyer do- mestique ; elles avaient pour leurs maris plus de crainte que d'amour ; devant les étrangers elles paraissaient timi- des. La mère était vénérée par ses enfants qui lui devaient un respect illimité. Les parents, au lit de mort, confiaient leurs filles aux soins de leurs frères. Dans les grandes occasions, surtout aux jours de gran- des fêtes, nos ancêtres aimaient à donner de somptueux festins, à se revêtir de luxueux costumes et à étaler leurs richesses ; néanmoins ils étaient économes et leurs besoins étaient très-bornés. Les boyards eux-mêmes produisaient rarement au grand jour leurs riches costumes, leurs ar- mes et leur vaisselle d'argent; tous ces objets de prix étaient soigneusement gardés et passaient de père en fils durant plusieurs générations. Cette manière d'être de la vie sociale et de la vie de famille, enracinée profondément par les mœurs patriarcales et par les anciens usages, pesait de tout son poids sur chaque individu. Malgré cela, la ci- vilisation de cette époque, quoique peu remarquable, de- vait agir sur le développement moral. La civilisation nous est venue de trois côtés : au sud, de Byzance ; à l'occident, de la Scandinavie et de la Ger- manie ; à l'orient, des pays où les principes de la civili- sation arabe avaient pris racine. A l'époque dont nous parlons, la civilisation byzantine se reflétait non-seulement dans l'organisation sociale, mais même dans les arts et la littérature. Les Russes imi- taient les Grecs dans la construction de leurs temples et 110 dans la peinture religieuse, et cette imitation était sur- tout flagrante sur le littoral du Dnieper. Les traces du style de l'Occident ou du style roman se remarquent dans les contrées du nord-est telles que le pays de Souzdal ; mais les événements survenus ont arrêté les progrès de la sculpture en Eussie. Nous avons emprunté à l'Eglise byzantine son chant original. Le clergé avait l'instruction entre ses mains. Les éco- les qui existaient à cette époque appartenaient aux cou- vents ; les garçons recevaient leur instruction dans les cou- vents d'hommes, et les filles dans ceux de femmes. Tous les membres du clergé étaient lettrés sans excep- tion ; par contre, les princes, même les boyards, étaient rarement instruits; mais cependant les hommes l'étaient toujours plus que les femmes. Le clergé régulier tâchait d'éclairer ses ouailles par la parole et prêchait d'exemple. La domination des Mongoles, surtout dans la partie orientale, a eu une grande influence sur la vie politique, sociale et morale : cette domination a été la cause de la division définitive de la Eussie en Eussie d'Orient et en Eussie d'Occident. C'est de cette domination au quatorzième siècle que naquirent le royaume léthonien et le royaume moscovite ; c'est elle qui a conduit le royaume moscovite à une si forte centralisation; c'est elle, enfin, qui fit naître en Eussie le boyardstvo (aristocratie d'emploi et de naissance). C'est à cette même époque aussi que le clergé avait le plus d'influence. Sous le joug des Mongoles, les mœurs et les usages de la vie privée des Eusses devinrent plus grossiers, même inhumains, et ce changement eut pour résultat que les fem- mes des boyards s'éloignèrent de la société des hommes. 111 Les Mongoles et avec eux les Livoniens, les Léthoniens et les Polonais, nous ayant séparés des contrées civilisées de l'Occident, arrêtèrent les progrès que la civilisation, la vie sociale, le commerce, l'industrie, les arts et la litté- rature auraient faits en Russie. Après le joug des Tar- tares, Kiew et le littoral du Dnieper, ainsi que le terri- toire de Ïcliernigowsko-Severskaïa, formant l'ouest de la Russie, ruinés de fond en comble, perdirent leur signifi- cation politique en cédant le pas à la Galicie, qui se fon- dit bientôt avec la Volhynie ; mais, en 1340, les Polonais s'emparèrent de la Galicie et les Léthoniens de la Vol- hynie. La Russie de l'Orient ne s'est remise qu'avec peine de ce joug. Au quatorzième siècle, elle comptait comme prin- cipautés remarquables celles de Twerskoé, Nijegorodskoé, Souzdalskoé, Riazanskoé, et Moskovskoé. Après de longues luttes entre les principautés de Twer et de Moscou pour des droits de priorité, Moscou demeura victorieuse et domina les autres principautés ; ce n'est que grâce à cette prédominance, suivie de centralisation, que la Russie a pu secouer le joug des Tartares et défendre son indépendance politique au milieu des puissants voisins qui l'entouraient. Après avoir déraciné le système féodal inséparable des guerres intestines , la centralisation amena la paix inté- rieure dans la Russie orientale, paix si nécessaire au développement régulier du commerce, de la vie sociale, des arts et des sciences. Dans cette partie de la Russie, pendant trois siècles con- sécutifs (aux quatorzième, quinzième et seizième), s'organi- sait graduellement un État placé sous un seul sceptre. Les 112 fiefs, et avec eux l'état communal et l'état au service du gouvernement (c'est-à-dire celui des boyards}, perdirent peu à peu cette indépendance dont ils jouissaient pendant la féodalité. L'extinction de la dynastie des Ruriks, le peu de force des nouvelles dynasties, la tendance des boyards à s'emparer du pouvoir suprême, le mécontentement des laboureurs asservis, la cupidité des cosaques de Zaporo- gie et du Don, l'ambition des Polonais et en partie des Suédois, d'augmenter leurs États aux dépens de la Russie, les intrigues des jésuites pour introduire le catholicisme dans la Russie orientale, furent les causes des troubles qui ravagèrent la Russie au dix-septième siècle. Il faut ajou- ter à ces causes la haine contre la domination moscovite des royaumes de Kazan et d'Astrakan, autrefois royaumes indépendants et professant la religion du Prophète, l'é- goïsme des ambitieux , l'ignorance du peuple et la gros- sièreté des mœurs. Dans la période de temps qui s'écoula à partir du joug des Mongols jusqu'à Pierre Ier, la Russie orientale agricole, avec ses populations tartare au sud , finnoise au nord, léthonienne et germanique au nord-ouest, et slave au centre, présente deux divisions remarquables : l'une est léthonienne et l'autre moscovite. La limite qui sépare ces deux parties est le Dnieper. Le royaume léthonien n'a jamais eu de centralisation aussi régulière que celle qu'avait le royaume moscovite. La cause du développement de cette centralisation chez les Veliko-Russes doit être attribuée à la position géogra- phique de leur pays. Le pays habité par les Veliko-Russes avait avec l'Asie une frontière commune et fut quelque temps placé sous 113 le joug de cette contrée. Pour s'affranchir de ce joug, pour vaincre les barbares des steppes, il fallait se réunir au- tour d'un centre commun. Cette réunion était d'autant plus nécessaire que de puissants et d'adroits ennemis, tels que les Polonais , les Suédois, les Livoniens, nous menaçaient à l'occident. La centralisation moscovite naquit de la nécessité de défendre contre ces voisins menaçants l'indépendance po- litique. D'autres circonstances concoururent aussi au pro- grès. Le royaume moscovite, en suivant le cours des ri- vières, étendait toujours ses limites ; cette extension se fai- sait à partir des sources des rivières et en descendant vers leurs embouchures, ou du centre de la plaine orien- tale européenne vers sa circonférence. Les points extrê- mes étaient les quatre mers déjà citées (la mer Blanche, la Caspienne, la Baltique, la mer Noire). L'occupation du littoral de la mer Blanche, habité par les Finnois et les Novgorodiens, a coûté le moins de peine. Plus tard, pour affaiblir les Mongoles, on conquit sur eux les côtes de la Caspienne, et la crainte d'une pénible guerre avec les Turcs, puissants à cette époque, empêcha seulement la Russie, jusqu'au règne de Catherine II, de se fortifier sur la mer Noire. Après avoir conquis le littoral de la Caspienne, pour nous rapprocher des pays civilisés de l'Europe, on s'em- para, sous le règne de Pierre 1er, des ports de la Balti- que, conquête déjà rêvée par Jean le Terrible, Boris Go- dounoff et Alexis Mikhaïl ovitch. L'influence du gouvernement moscovite agissait d'au- tant plus facilement qu'il ne rencontrait aucun obstacle 8 physique ni aucune barrière dans la configuration plane du pays. Dans cette immense plaine fut formé, malgré l'oppo- sition des Outrâmes des cosaques (sur le Don, le Dnie- per et l'Oural), malgré l'opposition de la Livonie, de la Suède, de la Léthonie, et surtout de la Pologne, un grand État. La conquête des hordes tartares entraîna à la suite la chute des cosaques. La Livonie ne pouvait nuire à Mos- cou ; la conquête du littoral de la Baltique nous préserva contre la Suède; enfin la Léthonie, menacée au commen- cement par la Pologne et plus tard conquise par elle, ne pouvait nuire sérieusement à Moscou. Au commencement du dix-septième siècle, époque de troubles, peu s'en fallut que la Pologne ne conquît la Russie; mais, divisée, tourmentée par des dissensions in- testines, la Pologne ne pouvant trouver sur une mer l'ap- pui si nécessaire à la puissance de tout peuple, ne put vaincre le royaume moscovite. Tandis que la Russie occidentale, avec sa partie nord couverte de forêts, constituant la Russie-Blanche, et avec sa Petite-Russie couverte de pâturages et enrichie par l'agriculture, perdait son indépendance politique, la Rus- sie orientale, pays agricole, industriel et commerçant, réu- nie sous un même sceptre, non-seulement se défendit con- tre ses ennemis extérieurs, mais parut encore fière et grande de son indépendance politique, et étendit ses li- mites depuis l'océan Glacial jusqu'à la Caspienne et la mer Noire. L'empire russe, sous le point de vue de son étendue, 115 occupe aujourd'hui la première place parmi tous les Etats existants. Il comprend toute la partie est de l'Europe, tout le nord de l'Asie et le nord-ouest de l'Amérique. Ses pos- sessions, réunies avec les îles dans la mer de glaces et dans la partie nord du grand Océan, s'étendent sur une surface plus que deux fois aussi grande que toute l'Eu- rope; cette surface est égale à un sixième de toute la surface terrestre. Si on en exclut les parties peu ha- bitées, comme la Finlande, la partie nord de la Sibérie, les possessions d'Amérique et le gouvernement d'Arkhan- gel, la Russie occupe encore un espace plus grand que l'Europe, que les États de tout le nord de l'Amérique, que le Brésil ou que la Chine. Cette immense étendue occupée par la Russie est d'autant plus importante que toutes ses possessions sont groupées ensemble et non dis- séminées. La rivière Araks (38e degré de latitude) peut être re- gardée comme sa limite extrême au sud, qui au nord est le cap de Taïmour (78e degré de latitude) : ainsi la Russie occupe en largeur 40°, ce qui donne un espace de 4,200 verstes. La distance entre ses limites d'est et d'ouest est en- core plus immense; cette distance est si grande que si on établissait un chemin de fer de Kalisch, qui est sur la frontière de Prusse, au port Saint-Pierre et Saint-Paul, sur la côte orientale du Kamtschatka, il faudrait vingt jours pour parcourir cette distance, en voyageant nuit et jour sur une voie ferrée avec une vitesse moyenne de 30 vers- tes à l'heure. Pour apprécier encore mieux cette im- mense étendue, prenons la différence qui existe entre le s* 116 lever du soleil à Kalisch et le lever du soleil au cap Oriental. Ces deux points sont distants l'un de l'autre de 175°; par conséquent, la différence des levers du soleil est de 11 h 40 m. Cette différence augmentera encore si nous prenons comme limite orientale de la Russie le mé- ridien passant à l'extrême limite de nos possessions en Amérique. Après avoir suivi pas à pas le développement de la Russie jusqu'à nos jours, nous devons reconnaître que ses efforts, pendant les deux derniers siècles, pour s'étendre, ne sont que la suite de sa centralisation durant les quatre siècles précédents. De même qu'au quatorzième siècle, avec le pouvoir d'un prince moscovite, commence une révolution sociale marquée par la réunion de toutes les pos- sessions russes sous le même sceptre, de même avec le règne de Pierre Ier commence la période des réformes morales et l'époque de la renaissance de l'homme en Russie, grâce au principe vivifiant de la civilisation apportée d'Europe. Pen- dant que le puissant empire russe continue, à l'aide de la civilisation européenne, à se développer, cette même civilisation donne aux hommes une plus haute idée de leur valeur, en pénétrant d'abord dans la haute classe, puis graduellement jusqu'au peuple. Le développement de la puissance de l'empire auto- crate russe a eu la plus heureuse influence sur les pro- grès de la civilisation, des arts et de la littérature dans ce grand pays. 117 Nous croyons devoir ajouter à cet article quelques in- dications concernant les particularités que présente, au point de vue de la température, le climat de la Russie d'Europe. Dans cette contrée les lignes isothermes, c'est-à-dire de température moyenne annuelle, n'ont pas une direc- tion parallèle aux degrés de latitude; elles déclinent du nord à l'est ou du sud à l'ouest. Autrement dit la tem- pérature annuelle moyenne baisse en Russie à mesure que dans la même latitude on va de l'ouest à l'est. Ainsi l'isotherme de + 3° suivant Réaumur passe à St-Pé- tersbourg (60° de latitude nord), traverse le méridien de Vladimir (56 latitude nord), celui de Sainara (53° lati- tude nord), et traverse l'Oural sous le 51° V2 latitude nord; c'est-à-dire que cet isotherme s'abaisse de 8° V2 entre Pétersbourg et l'Oural. L'isotherme + 4° Réaumur réunit la ville de Felline (58° V2 latitude nord) à Orel (53° la- titude nord) et à Ouralsk (51° latitude nord); de sorte que cette dernière ville se trouve à 70° plus au sud que Felline. Les lignes de même degré de température pen- dant l'hiver et l'été ou lignes isochimènes et isotères pré- sentent entre elles une grande opposition : tandis que les lignes isochimènes qui, du nord-est au sud-ouest, dé- clinent encore plus que les isothermes, les isothères, au contraire, s'élèvent du sud-ouest au nord-est; cette élé- vation se manifeste à une certaine distance des limites occidentales de la Russie : ainsi, par exemple, l'isochi- mène de — 10° réunit Arkhangel (64° 32' latitude nord) et Kazan (55° 47' latitude nord), et même peut-être Orenbourg (51° 45' latitude nord); l'isochimène — 8° passe de Petrosavodsk (61° 47' latitude nord) par Riazan (54° % 118 latitude nord) et par Saratoff (51° l/2 latitude nord). Les isothères s'élèvent de l'ouest à l'est : ainsi, par exemple, Varsovie (52° 13' latitude nord) et Tobolsk (58° 12' la- titude nord) se trouvent sur la même isothère de -\- 14°. Cela montre que plus on s'éloigne de l'est à l'ouest, en suivant la même latitude, plus l'hiver est rigoureux et l'été plus chaud, et que par conséquent la différence entre les températures moyennes de ces saisons est plus forte : ainsi, par exemple, si nous prenons une série de points entre le 52° et le 62° latitude nord, nous trouverons, comme l'indique le tableau suivant, que la différence des températures de l'hiver et de l'été varie de 17° V à 42° 6'. NOMS DES LIEUX. Helsingfors. . . . Pétersbourg . . . Moscou Kazan Ekaterinebourg . Barnaoul Irkoutsk Nertschinsk . . . Iakoutsk 60° 10' 59 56 55 45 55 47 56 48 53 20 52 17 51 18 62 2 42° 37' 47 58 55 66 78 101 121 137 147 14 47 15 7 51 » 25 «9 çZ, 2 « 50 10 400 280 850 400 1253 2230 285 a . HaMaTHEKii MOCKOBCKOU JTpeBHOCTH CB 1842 roji;a. BEZbTMAITL. ^peBHOcra Poc- ciucKaro Tocy^apcTBa. A. CABEJILEBT). MaTepiam kb ncTopin miaceHepHaro ncKyccTBa bb Poccin. 1853 ro^a. n. C. MAKdOTïïHT). Oepmi ncTopin soj^ecTBa bb Poccin. H. E. CAXAPOBT). 3amicKao (J)nHn^TaHOiiB n neHnHHOMB nponsBO^CTBi. (3anncKn otjtb- jieHia pyccKon n cjiaBiiHCKOÏî ap- xeojorin ÏÏMnEPATOPCKAro ap- xeojonraecEaro oômecTBa, t. I. 1851 rosa). A. r,IArOXEBT>. KpaiKoe 060- 3pBHie SpeBHHXB pyCCKHXB 3^a- HiHBHHXBOTe^ecn flpeTBeHHMXB 126 tériaux pour servir à la statisti- que de l'empire de Russie, pu- bliés par le ministère de Tinté- rieur. 1839.) L'ARCHIMANDRITE EUGÈ- NE. Description de l'église et de la hiérarchie de Kiew. 1815. J. FOUNDOUKLEY. Description des antiquités de Kiew. 1847. J. ZABIÉLINE. Aperçu histori- que de la fabrication et de la faïence de Russie. (Voir les mé- moires de la Société archéologi- que. Tome VI. 1853.) Notice pour servir à la connaissan- ce des antiquités russes. St-Pé- tersbourg, 1851. OZERSKI. Histoire des fabriques de- porcelaine. (Voir V Abeille du Nord de 1851, ns 65, 66, 67, 70 et 71.) Visite aux antiquités et aux curio- sités de Moscou. 1792. Nouveau guide à Moscou. 1833. A. DÉMIDOFF. 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E^ cT2 P^ P=3 4 !, en C3 r^S - - P*3 t-O- P°é-^*M ■ : — i pq > - .'Vf E-i CD ^5 iO •+*m E5 C=*P £3 P^. P*P r .':) F* i P^i Ptq PP PQ P^ P^ P^ P=l g3 6. FAÇADE DE ÏÉHJSB CONSTRUITE SDR LES lUfflES DE LiNClEUE É . DE DIME "^v^v^x-^H ©■ai» p:->ji PLM ET ELEYATIÛÏÏ DE LA CATHEDRALE DE SOPHIE A KIEV : : DELA ATM 8 PLAN" ET ELEVATION DE LECLISE EU COUVENT DE ÏÏEVOPETSCHERSK. PLAN ET fflOlï DE IIKE LU COUVENT LE S1 MO MFALTES I OR, A. CD P< CD CD 2* < CD CD =^ il h_ CATHEDRALE DE LA TRANSFIGURATION A PERIASLAVT - ÏALBSSET \ï EGLISE DE Sf NICOLAS ENTRE SOUDOGDA ET MOUROM. 13 •v r.,ï |; M ,i ; ,r . . .' J3 • ' OUR DE LA. FORTERESSE DE NOVaOROD j,-rf7>?^ •14: TOURDEEÀ FORTERESSE DE NOVGOROD 15. \ 4 ■ r>z TT r ! - * * an TOURBE EENCEINTE Tïï COUVENT TE S.k SERG ÀTR01TM.PEÈSDE MOSCOU. & J A -H 1 ,', w<7 lï ç nz_ i h :x::r M- M r'Ti O :-•' ~w r_i) Hr- - 3^3 r J" c-*a< V. CD ■H-H 1 — : < 1 1 EGLISE DE LA MOTTE BE ST .JEAN EAPTL A MOSCOU. 1 = ' . MET M ; .■IHEBMLE . A MOSCOU =F=i=4 / 2> o 4 PLAN ET FAÇADE DE LA CATHEDRALE LE L'ARCHANGE ' IEL A. MOSCOU 19. _j l_ _: PLAN ET FAÇADE DE LA CATHEDRALE DE LANK ' /iTTON O A MOSCOU. 2(J +^4 1 — 3 * f ^ < 2 3 A S ■J0^H \ ^f1 i N \ 1 Pxq g 3 133 Q c^ S pxq 36 EGLISE DE NOTEE DAME DE GEORGIE, À MOSCOU . 37. S - '*v EGLISE DE S1 NICOLAS AUX COLONNES A MOSCOU. 38 EGLISE DE S1 NICOLAS, A LA GRANDE CROIX, A MOSCOU pq P^ >P-I >< pq Cm —h >J lr ! v ■ pq pp pq ■ : .*< oo p^ pa PO =< I — ^ M E- r ^ oo trq OC E-h s rD CD CD CD dc ^q CD * . . 1- ll't 1.T- G^ ^ ~.~*^. OO e— • E-i S cd CD eu c/2 g pq C3 p-q ■*§=&4 00 OO t=3 C/2 i — i E-h pq C3 O rv-! ^ 44 fil ' î; V^lf^C b * TOUR DE SOUKHAREW A MOSCOU I LISE DE JDRE.AÏÏEV. 46 .aJOIMASSKO, EGLISE Ste CATHERINE AU COUVENT DE L'ASCENSION". : ' cPETITE' TOUS DES TZARS. E— • E-h eu eu CD J c±q ■f=U OO «V cz> ^ PQ g CD OQ ai «=d pq :tr I1 erage inférieur B. Sou? sol A ■ ■ ■■■pj IU I H r .'■■ j i^A -4 j- H /j 1 h - p ! T i J 4- iW LToureEe.- 2. Chambre* toucher. Saloi wl-ltfza ^Vestibule rsJ)iedesSe?' ■- 'i .Cham V' d'Enfants. 7. C/idpdd 'KrestOTaïâ ?. Oratoire. , tàiBoyardfjboyarsk ■ ~ ' ■ -v • ' .- , . DE: fE MANOFF 50 ■ i. x-^c Noms dos lieux. | Jf TÏX4X4 LO I I ) t' l II I VI . ( iiv«>vi»' uni1 Observations. * 1 **pa une Soeieie dtte-dc Fm/a Le chemin fie 1er erdrt le lole/a et le Don a e/e e.ecfatc purune Sociét/ dite }'•{»« Doaskm,. ce ialleau Jeté a eie ùm eider» comme/ cemprautni la de.lamMUci ,1 „.,',( Vhwcrlcjmt,,* de Jlrcrn'hv . J/aiiiier et fiance. ainsi '/ne . rc/n ed (UCfflic parfaits Jet metforoloinstes ; / /' '/ / mttaff d* éj'Jéafan, jyyy'y ;/„/,.,. . wgumw ^JeuàujK 4tyu*y&i*l ///murnd: „ zadru iMteœut y/ ,/yYyyyyyyjy t y/ mJëfrme y/yy, a/y ' //,; yyyyyyy/y,j y/y dAân • '" -S"'/, /s y7yy//yy// y/ ///;u/>s?rj. g£ m ////■// „ ////// a& yyy ///ji/yy/yy/y , //sa<^/m&!é'.ak-//,,f, , .j//y frûùytom /'yyy,y/yy/y-/y/yy y/yj „ ■jf./rj y/ yyy.y y ?//// ■t , , //// ////////// , -Zœû///, .J/yy/yyyy' //,%6w#jf 12'////////// y/yy/yy/yy^y/yy: c /c>M>m&nfrœ///yy i/f./r/sjft r/ •/}/ ÛMiJVM a/?/M y///y yy. at //'//y y/// uj ///////,' f//// / zy>yy y y/y/ y/// /y ef~ /éî.9? t/////,; /yy //i//,j,Ji/ //iv y/y/ ,_ //'JYY/Y , /'//// 'Y y/yy //e/j/ YY///Y YYYY YYYYY.' y/, , o (Part îa vilL- Du i\uuuvÀu .C5W ert cûwam daw> o&>yoSa\ù " a. Kremlm,]).lfitaï ^orod, c.Moï Jorod, à Zemlianoi §orocl, ^Quartier au delà cfe ■ Moskva.f. Quartier airdek delanv Jaouza. Iles cathédrales , 2. IvanVelifa,3Iàtom3p, 4.les téremas . 5.Vass% Hap( 6. LarwMoskva^.Lariv Jaouza, 8. La nv Fe^miiaïc . U Ût/S&auékuuj olupfan ne Je trouve peu fMtrA datût oriyinaffhdeuracnntù/e c/e ta/ou ter pour indiquer ta position ae tu vttte . .-.- PLAN DE MOSCOU. aille . eBI ifrimi îslerei ; i ' " r— %» ^ /»* ■ ■ * *^i MONUMENT COMMÉMQRATIF MILLENAIRE, ELEVE EN 1862 À NOVGOROD . P M . •• SMITHSONIAN INSTITUTION LIBRARIES 3 9088 00630 6609 t# *à m m .* * , '%■ - > *l Hfc «I ;■£*• :•:,»• %, _»